July 2, 2013
Untitled by Nathalie Du Pasquier, 2005

Untitled by Nathalie Du Pasquier, 2005

July 1, 2013
Composition by George Papazov, circa 1934

Composition by George Papazov, circa 1934

July 1, 2013
jesuisperdu:

bernard frize

jesuisperdu:

bernard frize

June 28, 2013
PAKISTAN. Lahore. 1948. by Henri Cartier-Bresson

PAKISTAN. Lahore. 1948. by Henri Cartier-Bresson

June 28, 2013
Roms : les associations dénoncent « une politique absurde » | Libération
Retour sur ◆ Le collectif Romeurope, qui vient en aide aux populations roms, regrette que la circulaire du 26 août dernier ne soit pas appliquée.
Par MARIE PIQUEMAL

L’été dernier, ils croyaient au changement. La circulaire interministérielle du 26 août 2012 encadrait enfin les évacuations des campements illicites des populations roms. Toute expulsion devait s’accompagner «d’un diagnostic et de la recherche de solutions d’accompagnement» pour, entre autres, reloger les familles et permettre la scolarisation des enfants. Les associations, le collectif Romeurope en tête, étaient optimistes. «Nous avions un espoir avec cette circulaire que nous appelions de nos vœux», résumait mercredi Pascale Quivy, membre du collectif, lors de la présentation du rapport annuel.
Dix mois plus tard, le constat est abrupt. Rien n’a changé. «La circulaire n’est pas appliquée par les préfets, assure Laurent El Ghozi, membre fondateur du collectif. Il y a toujours autant d’expulsions, les diagnostics quand ils sont faits, sont bâclés en trois jours et on entend toujours des discours très stigmatisants envers les populations roms au plus haut sommet de l’Etat.» Bref, conclut-il, «la politique menée aujourd’hui est absurde, vaine, destructurante.»
Situation sanitaire dramatique
Toutes les associations du collectif, présentes ce mercredi1, partagent ce même constat. Les conditions de vie des Roms sont toujours précaires, l’accès aux droits élémentaires ne sont souvent pas garantis. La santé d’abord, comme l’explique Jean-François Corty, de Médecins du monde. «La situation sanitaire est dramatique. 50 à 60% des enfants n’ont pas leurs vaccins à jour. Pas parce que leurs parents ne veulent pas, mais parce qu’ils n’y ont pas accès. Se rendre dans un centre PMI n’est pas évident. Ils ont peur de se faire arrêter quand leurs papiers ne sont pas en règle, il y a aussi la barrière de la langue. Les obstacles sont nombreux.»
Chez les adultes, près de 40% retardent au maximum le moment de se faire soigner. «Ils ont d’autres priorités. Savoir où ils vont dormir, ce qu’ils vont pouvoir manger. Quand on est expulsé 30 ou 40 fois dans l’année, on a d’autres préoccupations que de se faire soigner», poursuit-il. Comme beaucoup d’acteurs de terrain, il s’insurge surtout contre ces évacuations à répétition inutiles et «qui détruisent tout le travail social que l’on essaie de mettre en place». Un exemple tout bête : comment mener à bien une campagne de vaccination, qui nécessite souvent des rappels au bout de deux mois, quand les familles sont expulsées tous les quatre matins ?
Aménager le terrain plutôt que d’expulser
Quelle est la solution ? Pragmatique, d’abord. «Plutôt que d’expulser dans la commune voisine, il vaut mieux améliorer les conditions du campement, soutient Pascale Quivy. Bien évidemment, nous ne sommes pas pour la pérennisation de bidonvilles mais plutôt que d’expulser sans cesse, il est préférable que les familles restent sur un même terrain, avec un accès à l’eau, des sanitaires et un raccordement électrique.»
 «Ceci en attendant de leur donner accès à des logements sociaux comme toutes les personnes en difficulté», enchaîne Laurent El Ghozi, farouchement opposé aux politiques visant spécifiquement les populations roms, comme les villages d’insertion tentés ici et là. «D’abord, parce que pour ces programmes, on ne sélectionne que quelques familles. Pour elles, bien sûr, ces villages sont mieux que des campements. Mais ils ne sont qu’un petit nombre à en profiter. On les parque dans un lieu, gardé, c’est contraire aux libertés. Et puis, cela coûte 25 à 30 000 euros par famille chaque année, c’est très cher. Il suffirait de leur donner des autorisations de travail pour qu’ils puissent subvenir à leurs besoins et se payer un logement !»
C’est le nœud du problème. Jusqu’au 31 décembre, des mesures transitoires empêchent tous les Roumains et Bulgares d’accéder pleinement au marché du travail. Ils doivent demander des autorisations de travail en préfecture, des démarches administratives longues et compliquées. «Cela fait des années que l’on demande la levée de ces mesures transitoires. Tant qu’ils ne pourront pas travailler, la situation ne pourra pas se débloquer.»
Quant à la circulaire, les associations ne désespèrent pas qu’elle soit enfin appliquée. «Il manque juste du courage politique, c’est tout», jugent-ils, rappelant que la population rom en France n’est pas bien importante et stable depuis des années : entre 16 000 et 20 000 personnes.
1 Le collectif Romeurope regroupe de nombreuses associations. Etaient représentées lors de la conférence de presse : Médecins du monde, le Secours catholique, CCFD-terre solidaire, Rencontres tsiganes et Fnasat-Gens du voyage.
Copyright © 2013 Libération.
[Photo : Des Roms evacués d’un campement de Saint-Denis sont installés sur un campement de fortune dans une rue à Paris, en septembre 2011. (© Miguel Medina. AFP)]

Roms : les associations dénoncent « une politique absurde » | Libération

Retour sur ◆ Le collectif Romeurope, qui vient en aide aux populations roms, regrette que la circulaire du 26 août dernier ne soit pas appliquée.

Par MARIE PIQUEMAL

L’été dernier, ils croyaient au changement. La circulaire interministérielle du 26 août 2012 encadrait enfin les évacuations des campements illicites des populations roms. Toute expulsion devait s’accompagner «d’un diagnostic et de la recherche de solutions d’accompagnement» pour, entre autres, reloger les familles et permettre la scolarisation des enfants. Les associations, le collectif Romeurope en tête, étaient optimistes. «Nous avions un espoir avec cette circulaire que nous appelions de nos vœux», résumait mercredi Pascale Quivy, membre du collectif, lors de la présentation du rapport annuel.

Dix mois plus tard, le constat est abrupt. Rien n’a changé. «La circulaire n’est pas appliquée par les préfets, assure Laurent El Ghozi, membre fondateur du collectif. Il y a toujours autant d’expulsions, les diagnostics quand ils sont faits, sont bâclés en trois jours et on entend toujours des discours très stigmatisants envers les populations roms au plus haut sommet de l’Etat.» Bref, conclut-il, «la politique menée aujourd’hui est absurde, vaine, destructurante.»

Situation sanitaire dramatique

Toutes les associations du collectif, présentes ce mercredi1, partagent ce même constat. Les conditions de vie des Roms sont toujours précaires, l’accès aux droits élémentaires ne sont souvent pas garantis. La santé d’abord, comme l’explique Jean-François Corty, de Médecins du monde. «La situation sanitaire est dramatique. 50 à 60% des enfants n’ont pas leurs vaccins à jour. Pas parce que leurs parents ne veulent pas, mais parce qu’ils n’y ont pas accès. Se rendre dans un centre PMI n’est pas évident. Ils ont peur de se faire arrêter quand leurs papiers ne sont pas en règle, il y a aussi la barrière de la langue. Les obstacles sont nombreux.»

Chez les adultes, près de 40% retardent au maximum le moment de se faire soigner. «Ils ont d’autres priorités. Savoir où ils vont dormir, ce qu’ils vont pouvoir manger. Quand on est expulsé 30 ou 40 fois dans l’année, on a d’autres préoccupations que de se faire soigner», poursuit-il. Comme beaucoup d’acteurs de terrain, il s’insurge surtout contre ces évacuations à répétition inutiles et «qui détruisent tout le travail social que l’on essaie de mettre en place». Un exemple tout bête : comment mener à bien une campagne de vaccination, qui nécessite souvent des rappels au bout de deux mois, quand les familles sont expulsées tous les quatre matins ?

Aménager le terrain plutôt que d’expulser

Quelle est la solution ? Pragmatique, d’abord. «Plutôt que d’expulser dans la commune voisine, il vaut mieux améliorer les conditions du campement, soutient Pascale Quivy. Bien évidemment, nous ne sommes pas pour la pérennisation de bidonvilles mais plutôt que d’expulser sans cesse, il est préférable que les familles restent sur un même terrain, avec un accès à l’eau, des sanitaires et un raccordement électrique.»

«Ceci en attendant de leur donner accès à des logements sociaux comme toutes les personnes en difficulté», enchaîne Laurent El Ghozi, farouchement opposé aux politiques visant spécifiquement les populations roms, comme les villages d’insertion tentés ici et là. «D’abord, parce que pour ces programmes, on ne sélectionne que quelques familles. Pour elles, bien sûr, ces villages sont mieux que des campements. Mais ils ne sont qu’un petit nombre à en profiter. On les parque dans un lieu, gardé, c’est contraire aux libertés. Et puis, cela coûte 25 à 30 000 euros par famille chaque année, c’est très cher. Il suffirait de leur donner des autorisations de travail pour qu’ils puissent subvenir à leurs besoins et se payer un logement !»

C’est le nœud du problème. Jusqu’au 31 décembre, des mesures transitoires empêchent tous les Roumains et Bulgares d’accéder pleinement au marché du travail. Ils doivent demander des autorisations de travail en préfecture, des démarches administratives longues et compliquées. «Cela fait des années que l’on demande la levée de ces mesures transitoires. Tant qu’ils ne pourront pas travailler, la situation ne pourra pas se débloquer.»

Quant à la circulaire, les associations ne désespèrent pas qu’elle soit enfin appliquée. «Il manque juste du courage politique, c’est tout», jugent-ils, rappelant que la population rom en France n’est pas bien importante et stable depuis des années : entre 16 000 et 20 000 personnes.

1 Le collectif Romeurope regroupe de nombreuses associations. Etaient représentées lors de la conférence de presse : Médecins du monde, le Secours catholique, CCFD-terre solidaire, Rencontres tsiganes et Fnasat-Gens du voyage.

Copyright © 2013 Libération.

[Photo : Des Roms evacués d’un campement de Saint-Denis sont installés sur un campement de fortune dans une rue à Paris, en septembre 2011. (© Miguel Medina. AFP)]

June 28, 2013
Bal d’hypocrites pour Mandela : quand l’Occident soutenait Pretoria | Rue89
Par Pierre Haski
27 juin 2013
L’avalanche d’hommages déjà prêts à Nelson Mandela est certes méritée par la personnalité, le sacrifice, et la vie du grand leader sud-africain. Mais elle pourrait laisser croire que tout le monde l’a toujours adoré, et qu’il n’aurait donc été victime que d’une poignée d’extrémistes blancs isolés au bout de l’Afrique.
La réalité est bien différente. Pour l’essentiel de sa vie politique, Nelson Mandela a été considéré comme un homme dangereux par le monde occidental, y compris par certains des signataires des communiqués enflammés prêts dans toutes les capitales.
La polémique autour de l’attitude de Jean-Marie Le Pen, provoquée par la réécriture de l’histoire par sa fille sur France Inter, pourrait là aussi laisser penser qu’il était seul dans ce cas. Il n’était que le plus franc, y compris quand le qualificatif de « terroriste » n’était plus de mise pour le futur prix Nobel de la paix…
Du coté de l’apartheid
L’histoire est pourtant cruelle. L’ensemble du monde occidental a été du côté du pouvoir blanc sud-africain pendant plusieurs décennies, jusqu’à ce que le soulèvement de la jeunesse noire, à Soweto en juin 1976, ne finisse par lézarder ce consensus, qui ne prendra véritablement fin qu’à la fin de la guerre froide, en 1989.
La condamnation morale de l’apartheid, et même l’exclusion de l’Afrique du Sud du Commonwealth après le massacre de Sharpeville en 1960, prélude à l’emprisonnement de Nelson Mandela en 1962, aura finalement pesé moins lourd que les considérations géopolitiques. Pas surprenant, mais peut-être faut-il quand même le rappeler, au lieu de s’abriter derrière un consensus très récent.
Dans les années 60 et 70, l’Afrique du Sud était considérée par les stratèges de l’Otan comme un pion essentiel à la fois pour le contrôle de la route maritime du Cap empruntée par les supertankers de l’époque, et comme source de certains minerais vitaux pour l’industrie de défense.
L’appartenance à l’Otan du Portugal de la dictature Salazar, engagée dès les années 60 dans des guerres interminables dans ses colonies d’Angola et du Mozambique, renforçait cette appartenance officieuse du pouvoir minoritaire blanc de Pretoria au « front anticommuniste ».
A Silvermine, dans la péninsule du Cap, l’armée sud-africaine avait installé dans un bunker une station d’écoute et de surveillance des mers du sud, dont les informations étaient transmises aux services de renseignement occidentaux. Les informations allaient dans les deux sens, et c’est sur un tuyau de la CIA que Nelson Mandela aurait été arrêté une première fois.
Complicités françaises
La France a elle aussi collaboré étroitement avec le régime de l’apartheid. Elle a vendu à l’Afrique du Sud sa première centrale nucléaire dans les années 70, au risque de contribuer à la prolifération militaire à laquelle Pretoria a officiellement mis un terme à la fin de la domination blanche.
En 1976, alors que j’étais correspondant de l’AFP à Johannesburg, l’ambassade de France n’ayant aucun contact à Soweto et craignant de déplaire au gouvernement de Pretoria, me demandait si j’acceptais d’organiser un dîner chez moi pour qu’un émissaire du Quai d’Orsay puisse rencontrer le docteur Ntatho Motlana, représentant personnel de Winnie Mandela, l’épouse du leader emprisonné.
Le Congrès national africain (ANC) dont les principaux dirigeants croupissaient en prison à Robben Island, était bien isolé… Dans les années 70, lorsque des délégations du mouvement de libération, conduites par son responsable international, le futur président Thabo Mbeki, passait par Paris, il habitait dans la chambre de bonnes d’un ami marocain, et était royalement ignoré par le gouvernement.
Chirac et la « troisième voie »
Plus tard, au début des années 80, lorsque la situation à l’intérieur de l’Afrique du Sud est devenue quasi insurrectionnelle, la droite française a participé au stratagème de Pretoria de favoriser une « troisième voie » en la personne du chef zoulou Gatsha Buthelezi, un Noir « présentable ».
Alors que ses miliciens s’en prenaient aux partisans de l’ANC à coups de machettes, Buthelezi était officiellement reçu par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, et, en France, par Jacques Chirac alors maire de Paris (les photos sont exposées dans le salon de Buthelezi au Kwazulu-Natal).
Au même moment, Laurent Fabius, alors Premier ministre, imposait les premières vraies sanctions françaises et retirait l’ambassadeur de France à Pretoria.
Il faudra la révolte des Noirs d’Afrique du Sud, la chute du mur de Berlin et un puissant mouvement d’opinion dans le monde entier, pour que les dirigeants occidentaux changent d’attitude, et poussent le régime de l’apartheid à libérer Mandela et à négocier.
Le consensus d’aujourd’hui autour de Nelson Mandela ne doit pas faire oublier les errements criminels d’hier qui ont contribué à le laisser plus d’un quart de siècle en prison, et à prolonger la durée de vie du système inique de l’apartheid.
Il est plus facile de faire croire qu’on a toujours été du côté du « bien » contre le « mal » que de s’interroger sur les raisonnements fallacieux qui ont poussé la « patrie des droits de l’homme » et les autres défenseurs de la démocratie à rester aussi longtemps complices d’un système basé sur un déni d’humanité.
La disparition d’un géant de l’histoire devrait pourtant être le moment de regarder objectivement le passé.
Copyright © 2013 Rue89.
[Photo : Nelson Mandela et sa femme Winnie le jour de sa libération, le 11 février 1990. (© ALEXANDER JOE / FILES / AFP)]
[Voir aussi : L’Evangile selon Mandela, par Alain Gresh | Le Monde diplomatique (juillet 2010)]

Bal d’hypocrites pour Mandela : quand l’Occident soutenait Pretoria | Rue89

Par Pierre Haski

27 juin 2013

L’avalanche d’hommages déjà prêts à Nelson Mandela est certes méritée par la personnalité, le sacrifice, et la vie du grand leader sud-africain. Mais elle pourrait laisser croire que tout le monde l’a toujours adoré, et qu’il n’aurait donc été victime que d’une poignée d’extrémistes blancs isolés au bout de l’Afrique.

La réalité est bien différente. Pour l’essentiel de sa vie politique, Nelson Mandela a été considéré comme un homme dangereux par le monde occidental, y compris par certains des signataires des communiqués enflammés prêts dans toutes les capitales.

La polémique autour de l’attitude de Jean-Marie Le Pen, provoquée par la réécriture de l’histoire par sa fille sur France Inter, pourrait là aussi laisser penser qu’il était seul dans ce cas. Il n’était que le plus franc, y compris quand le qualificatif de « terroriste » n’était plus de mise pour le futur prix Nobel de la paix…

Du coté de l’apartheid

L’histoire est pourtant cruelle. L’ensemble du monde occidental a été du côté du pouvoir blanc sud-africain pendant plusieurs décennies, jusqu’à ce que le soulèvement de la jeunesse noire, à Soweto en juin 1976, ne finisse par lézarder ce consensus, qui ne prendra véritablement fin qu’à la fin de la guerre froide, en 1989.

La condamnation morale de l’apartheid, et même l’exclusion de l’Afrique du Sud du Commonwealth après le massacre de Sharpeville en 1960, prélude à l’emprisonnement de Nelson Mandela en 1962, aura finalement pesé moins lourd que les considérations géopolitiques. Pas surprenant, mais peut-être faut-il quand même le rappeler, au lieu de s’abriter derrière un consensus très récent.

Dans les années 60 et 70, l’Afrique du Sud était considérée par les stratèges de l’Otan comme un pion essentiel à la fois pour le contrôle de la route maritime du Cap empruntée par les supertankers de l’époque, et comme source de certains minerais vitaux pour l’industrie de défense.

L’appartenance à l’Otan du Portugal de la dictature Salazar, engagée dès les années 60 dans des guerres interminables dans ses colonies d’Angola et du Mozambique, renforçait cette appartenance officieuse du pouvoir minoritaire blanc de Pretoria au « front anticommuniste ».

A Silvermine, dans la péninsule du Cap, l’armée sud-africaine avait installé dans un bunker une station d’écoute et de surveillance des mers du sud, dont les informations étaient transmises aux services de renseignement occidentaux. Les informations allaient dans les deux sens, et c’est sur un tuyau de la CIA que Nelson Mandela aurait été arrêté une première fois.

Complicités françaises

La France a elle aussi collaboré étroitement avec le régime de l’apartheid. Elle a vendu à l’Afrique du Sud sa première centrale nucléaire dans les années 70, au risque de contribuer à la prolifération militaire à laquelle Pretoria a officiellement mis un terme à la fin de la domination blanche.

En 1976, alors que j’étais correspondant de l’AFP à Johannesburg, l’ambassade de France n’ayant aucun contact à Soweto et craignant de déplaire au gouvernement de Pretoria, me demandait si j’acceptais d’organiser un dîner chez moi pour qu’un émissaire du Quai d’Orsay puisse rencontrer le docteur Ntatho Motlana, représentant personnel de Winnie Mandela, l’épouse du leader emprisonné.

Le Congrès national africain (ANC) dont les principaux dirigeants croupissaient en prison à Robben Island, était bien isolé… Dans les années 70, lorsque des délégations du mouvement de libération, conduites par son responsable international, le futur président Thabo Mbeki, passait par Paris, il habitait dans la chambre de bonnes d’un ami marocain, et était royalement ignoré par le gouvernement.

Chirac et la « troisième voie »

Plus tard, au début des années 80, lorsque la situation à l’intérieur de l’Afrique du Sud est devenue quasi insurrectionnelle, la droite française a participé au stratagème de Pretoria de favoriser une « troisième voie » en la personne du chef zoulou Gatsha Buthelezi, un Noir « présentable ».

Alors que ses miliciens s’en prenaient aux partisans de l’ANC à coups de machettes, Buthelezi était officiellement reçu par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, et, en France, par Jacques Chirac alors maire de Paris (les photos sont exposées dans le salon de Buthelezi au Kwazulu-Natal).

Au même moment, Laurent Fabius, alors Premier ministre, imposait les premières vraies sanctions françaises et retirait l’ambassadeur de France à Pretoria.

Il faudra la révolte des Noirs d’Afrique du Sud, la chute du mur de Berlin et un puissant mouvement d’opinion dans le monde entier, pour que les dirigeants occidentaux changent d’attitude, et poussent le régime de l’apartheid à libérer Mandela et à négocier.

Le consensus d’aujourd’hui autour de Nelson Mandela ne doit pas faire oublier les errements criminels d’hier qui ont contribué à le laisser plus d’un quart de siècle en prison, et à prolonger la durée de vie du système inique de l’apartheid.

Il est plus facile de faire croire qu’on a toujours été du côté du « bien » contre le « mal » que de s’interroger sur les raisonnements fallacieux qui ont poussé la « patrie des droits de l’homme » et les autres défenseurs de la démocratie à rester aussi longtemps complices d’un système basé sur un déni d’humanité.

La disparition d’un géant de l’histoire devrait pourtant être le moment de regarder objectivement le passé.

Copyright © 2013 Rue89.

[Photo : Nelson Mandela et sa femme Winnie le jour de sa libération, le 11 février 1990. (© ALEXANDER JOE / FILES / AFP)]

[Voir aussi : L’Evangile selon Mandela, par Alain Gresh | Le Monde diplomatique (juillet 2010)]

June 28, 2013
ughpsh:

Pablo Picasso photographed in his studio near Cannes, France in 1956. The Thonet rocking chair in the distance appears in many of his paintings.

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Pablo Picasso photographed in his studio near Cannes, France in 1956. The Thonet rocking chair in the distance appears in many of his paintings.

June 27, 2013

Une agression de Caroline Fourest | Les mots sont importants

Par Julien Salingue

26 juin 2013

Parce qu’il y a un temps pour rire et un temps pour être sérieux, parce que l’actuelle recrudescence d’agressions physiques contre des femmes portant le hijab est un sujet grave, nous laissons cette fois-ci de côté le registre ironique, satirique ou parodique de nos précédentes productions fourestologiques, et nous proposons, ci dessous, un compte-rendu précis, assorti de commentaires factuels, à propos des agressions d’Argenteuil, et de l’abject « billet d’humeur » que vient de lui consacrer la lauréate 2011 du Yabon de l’expert-chroniqueur le plus raciste, celle qui, sous la bannière de l’antisexisme, de l’antiracisme, de l’antitotalitarisme et de la « gauche modérée », continue à squatter les ondes de Radio France et de France Télévision. Celle qu’on pourrait plutôt qualifier d’extrémiste, de fanatique, de militante islamophobe radicale : Caroline Fourest.

Le mardi 25 juin Caroline Fourest décide, dans sa chronique « Le monde selon Caroline Fourest », diffusée sur France Culture, d’évoquer, pour la première fois, les agressions perpétrées ces dernières semaines contre des jeunes femmes voilées à Argenteuil [1]. On s’apprête à pousser un « ouf » de soulagement. Enfin, Caroline Fourest prend conscience de la réalité des violences islamophobes. Enfin, elle va utiliser la tribune que lui offre le service public pour appeler chacun et chacune à en faire de même. Enfin, elle va reconnaître qu’il est urgent d’agir et de cesser de stigmatiser de manière systématique les musulmans.

Mais en fait, non. L’éditorialiste, d’habitude si prompte à dénoncer les violences faites aux femmes (notamment musulmanes), nous gratifie d’une chronique… déconcertante, au cours de laquelle elle va, entre autres, mettre en doute la réalité des agressions, accuser (à mots couverts) les associations mobilisées à Argenteuil d’être antisémites et, last but not least, expliquer que les féministes n’ont pas à s’impliquer dans la défense des femmes voilées violentées. Le tout en 7 minutes.

La parole des victimes mise en doute

Caroline Fourest n’y va pas par quatre chemins, et ce dès le début de sa chronique : les violences commises à Argenteuil sont des « agressions odieuses et clairement racistes ». Voilà qui est dit.

Mais immédiatement après ce qui n’apparaît, a posteriori, que comme une précaution oratoire, elle bat en retraite, mettant en doute la parole des victimes, et donc la véracité desdites agressions :

« Une femme portant le voile s’est plaint d’avoir été agressée en sortant d’un laboratoire médical par ce qu’elle décrit comme étant deux skinheads, l’un ayant le crâne rasé et l’autre une crête rouge, ce qui correspond assez peu au profil d’un skinhead. Plus tard d’ailleurs il ne sera plus question de crête rouge, il faut dire que la version a beaucoup évolué au fil des jours entre ce qui a été dit à la presse dans les premier temps et ce que la victime a ensuite déclaré aux policiers chargés de l’enquête, sachant qu’elle n’a pas déposé plainte tout de suite et qu’il a fallu attendre plusieurs jours et que la mairie insiste pour obtenir cette plainte ».

Et, au sujet de l’autre agression (la première, dans l’ordre chronologique) :

« Cette fois c’est une jeune femme d’à peine 17 ans qui aurait été insultée, traitée de sale arabe et de sale musulmane par deux hommes, deux autres crânes rasés ayant porté des coups et arraché son voile. Cette fois aussi la jeune femme n’a pas déposé plainte tout de suite (…). Et là aussi c’est une version qui n’a pas arrêté de changer ».

L’éditorialiste doute donc de la parole des jeunes femmes agressées, même si elle rappelle que les éléments qu’elle avance « ne veulent pas dire que la parole de la victime ne mérite pas d’être entendue, surtout dans un climat où les agressions contre les femmes voilées existent et constituent effectivement des actes racistes intolérables ». Mais tout de même… La commissaire Fourest a mené son enquête, et vous avouerez, tout de même donc, qu’il y a des éléments troublants, et notamment celui-ci :

« la [deuxième] victime dit aussi avoir reçu un coup au ventre, ce qui pourrait expliquer la fausse couche dont elle vient d’être victime, mais dans sa déclaration au commissariat elle parle d’un coup à la hanche ».

Certes.

Le phénomène est bien connu, notamment de tous ceux et toutes celles qui luttent contre les violences faites aux femmes, et qui savent parfaitement que les victimes d’agressions physiques (et, a fortiori, de viols) mettent, dans la plupart des cas, beaucoup de temps avant de porter plainte (quand elles le font…) et que les récits qu’elles font des violences qu’elles ont subies changent souvent en raison des dégâts psychologiques provoqués par de telles agressions. Le temps qui s’écoule entre les violences et les plaintes est d’ailleurs, au même titre que le caractère changeant, voire contradictoire, des récits des victimes, l’argument favori des violeurs pour « démontrer » qu’ils sont innocents. Les initiateurs et initiatrices de la campagne « Viol : la honte doit changer de camp », lancée en novembre 2010 avec le soutien, entre autres, de Caroline Fourest, doivent être ravi-e-s de l’entendre reprendre à son compte de tels poncifs.

Des associations solidaires mais… suspectes

Dans un deuxième temps, Caroline Fourest s’attaque à celles et ceux qui se sont mobilisé-e-s aux côtés des victimes des agressions d’Argenteuil, et notamment les associations et organisations engagées dans la lutte contre l’islamophobie. La Coordination contre la Racisme et l’Islamophobie (CRI), le Collectif Féministe Pour l’Égalité (CFPE), les Indigènes de la République ou encore les Indivisibles, sont ainsi ciblés. Mon propos n’est pas ici de défendre ces organisations et leurs orientations, qui pourront le faire elles-mêmes si elles le souhaitent, mais bien de souligner que la nature des accusations portées contre elles contribue, en plus des suspicions à l’égard des victimes, à relativiser, sinon à nier, les violences commises à Argenteuil.

Car en réalité « ces associations de la lutte pour le voile, proches des Frères Musulmans et de leurs prédicateurs » (rien que ça !) sont « biens connues », selon Caroline Fourest, pour leur volonté de « mettre en concurrence les victimes du racisme ». Elles ne se mobilisent « que quand il s’agit de défendre le voile et de prendre le parti des intégristes sexistes ». Car elles ont en réalité un agenda caché :

« ils pensent qu’on dénonce trop le racisme anti-juif et pas assez le racisme anti-musulman, peut-être parce que le second racisme les dérange beaucoup plus que le premier ».

Ne sont-ils pas « ceux qui veulent croire que la république est toujours du côté des juifs mais jamais du côté des musulmans » ? Pas besoin de traducteur universel pour comprendre ce que sous-entend lourdement Caroline Fourest : celles et ceux qui se mobilisent aux côtés des victimes de l’islamophobie ne le font que pour des raisons peu avouables, à savoir leur volonté de dénoncer un traitement de faveur réservé aux Juifs, ce qui ne manque pas de témoigner de leurs tendances antisémites.

Pour étayer sa thèse, Caroline Fourest rappelle, à ceux qui affirment qu’il y a un « deux poids deux mesures » dans les réactions politiques et médiatiques aux agressions selon qu’elles touchent des Juifs ou des Musulmans, qu’ils se trompent. Ainsi, elle souligne que

« les familles des victimes ont été reçues Place Beauveau, exactement comme lorsqu’il y a eu une agression contre la synagogue d’Argenteuil en octobre dernier ».

Souvenons-nous en effet qu’en octobre 2012, des coups de feu (à blanc) avaient été tirés à proximité de la synagogue d’Argenteuil, ce qui n’avait pas manqué de susciter une (légitime) émotion dans la communauté juive de la ville. Mais rappelons également à Caroline Fourest que les représentants de la communauté juive, qui n’ont pas eu besoin d’organiser des manifestations pour être entendus, avaient alors été reçus dès le lendemain par Manuel Valls, tandis que les jeunes femmes d’Argenteuil ont dû attendre un mois (pour la première) et une semaine (pour la seconde) pour être « invitées » au Ministère de l’Intérieur, après un long, très long silence médiatique et politique, qui n’a été rompu que grâce à la mobilisation.

Pas « exactement » le même traitement, en somme, contrairement à ce que laisse entendre l’éditorialiste, ce qui permet de comprendre une certaine indignation chez les victimes et leurs proches, qui ne cherchent pas à mettre en concurrence les racismes mais exigent que l’islamophobie soit, au même titre que l’antisémitisme, un mal dénoncé et combattu de manière systématique, y compris et notamment par les pouvoirs publics.

C’est ce que Caroline Fourest aurait pu entendre si elle avait daigné se déplacer à Argenteuil samedi dernier lors du rassemblement organisé devant la sous-préfecture. Pas de concurrence, mais un refus du traitement différencié selon la couleur de peau et/ou la religion des agressé-e-s et des agresseurs. Mais il n’est pas sûr que Caroline Fourest, qui écrivait en 2003, dans son ouvrage Tirs Croisés (co-écrit avec Fiammetta Venner), qu’« à côté de l’intégrisme musulman, les intégrismes juif et chrétien donnent l’impression de phénomènes marginaux plutôt folkloriques, en tous cas sans conséquences » [2] comprenne la nuance.

Musulmane, mais pas femme

L’ultime pirouette de Caroline Fourest, qui donne a posteriori son sens au titre de sa chronique (« Faut-il être féministe pour dénoncer l’agression de femmes voilées ? »), consiste à expliquer qu’un mauvais procès est fait aux associations féministes qui n’ont pas dénoncé les agressions d’Argenteuil. Car en effet, ces agressions (si elles sont avérées) n’entrent pas, selon Caroline Fourest, dans la catégorie des violences faites aux femmes. Pourquoi ? C’est simple :

« Les femmes voilées ne sont pas attaquées en tant que femmes mais en tant que musulmanes, c’est important de la préciser parce que du coup ça ne suppose pas (…) une solidarité spécifiquement féminine ou spécifiquement féministe ».

On se frotte les yeux (ou les oreilles, si l’on écoute la chronique), et on reprend : pas en tant que femmes, mais en tant que musulmanes. Des jeunes femmes sont agressées dans la rue par des hommes, qui les traitent, pour au moins une d’entre elles, de « salope », mais tout cela n’a rien à voir avec le fait qu’elles sont des femmes.

Question à Caroline Fourest : pourquoi sont-ce systématiquement des femmes musulmanes qui sont victimes d’agressions physiques dans la rue, et non des hommes portant barbes et/ou djellabas ?

Cela n’aurait-il rien à voir avec les ressorts de la domination masculine, et notamment celui selon lequel les femmes ne sont que tolérées dans l’espace public qu’est la rue, qui doit néanmoins demeurer sous l’emprise des hommes, comme le rappellent les agressions quotidiennes, qu’elles soient verbales ou physiques ?

Mais non, tout cela n’a pas de sens, et Caroline Fourest balaie cet argument d’un revers de manche, en usant d’une comparaison qui ne manquera pas de faire bondir les organisations féministes :

« ça ne suppose pas (…) une solidarité spécifiquement féminine ou spécifiquement féministe, à moins de considérer que quand un homme musulman est agressé, il faut des associations d’hommes pour le soutenir en tant qu’homme ».

C’est beau comme du Éric Zemmour.

Abjection ultime

Chacun aura compris que ce qui gêne considérablement Caroline Fourest, et qui permet de comprendre la faiblesse de son argumentation, c’est qu’il lui est impossible de reconnaître qu’une femme voilée puisse être victime de sexisme en raison du fait qu’elle porte le voile. Car le sexisme est le voile, et le voile est le sexisme. La femme voilée ne peut être victime de sexisme, selon la vision du monde de Caroline Fourest, que de la part de ceux qui l’obligent (forcément) à porter son voile. Pas de la part de ceux qui le lui arrachent. L’éditorialiste tente d’ailleurs, par la bande, de proposer la seule lecture féministe possible de ces violences, franchissant une nouvelle fois la ligne rouge de la décence en affirmant, au sujet de la première agression, ce qui suit :

« là aussi c’est une version qui n’a pas arrêté de changer, dont la police d’ailleurs doute, elle n’exclut pas un règlement de comptes familial, une opération punitive destinée à faire payer à la jeune femme son style de vie jugé trop libre ».

Qui sont les sources policières de Caroline Fourest ? Nous ne le saurons pas. C’est la première fois que tous ceux et toutes celles qui suivent l’affaire entendent parler de cette « version ». Il faudra que Caroline Fourest nous explique si le témoin d’origine pakistanaise qui est intervenu dans la rue pour protéger la jeune Rabia faisait lui aussi partie de ce complot familial. L’éditorialiste précise que cette version du règlement de comptes « reste totalement à confirmer ». Mais elle a osé. Osé suggérer que les agressions sont peut-être le fait de musulmans eux-mêmes, achevant de retourner la situation après avoir mis en doute la parole des victimes et délégitimé les associations solidaires, le tout en prônant « l’union des forces antiracistes ». Et, d’ajouter, dans un bel élan de franchise, que s’il s’avérait que son hypothèse « familiale » était la bonne, « cela changerait évidemment tout ».

Évidemment.

P.-S.
Ce texte, initialement paru sur le blog de Julien Le pire n’est jamais certain, est reproduit avec l’amicale autorisation de l’auteur.

Notes
[1] Caroline Fourest s’était jusqu’à présent fendu d’un simple tweet, dénonçant la « musulmanophobie », ce que n’avait pas manqué de relever et de commenter Sébastien Fontenelle.
[2] P. 404

Copyright © 2013 Julien Salingue.

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FRANCE. Marseilles. 1989. Muslim girl from Mali at a mosque. by Steve McCurry

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necspenecmetu:

Attributed to Hugues Jean François Paul Duqueylard, Orpheus, early 19th century

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