April 12, 2013

April 6, 2013
La jupe et le bandeau : lettre à Sirine | Libération

Par Marwan Mohammed, sociologue, vice-président de l’association C’noues à Villiers-sur-Marne qui soutient l’appel «Contre une loi stigmatisante- Pour une commission sur l’islamophobie»

4 avril 2013

J’imagine que tu ne te sens pas très bien en ce moment. Tu dois te demander quand cette épreuve s’arrêtera. Tu passes en conseil de discipline ce matin dans ton collège de Villiers-sur-Marne. Depuis le 4 décembre, il t’est reproché de porter un bandeau frontal, d’une largeur de 10 centimètres selon la police, ainsi qu’une longue jupe. Les deux tiers de ta chevelure sont apparents mais, pour ton collège, c’est encore trop ostensible, trop islamique, trop transgressif. Pourtant, depuis que tu as décidé de porter un hijab - liberté que je respecte et choix impopulaire qui t’appartient, tout comme ton corps -, tu te soumets chaque matin en arrivant au collège, et je sais que c’est un sacrifice, au dévoilement imposé par la loi du 15 mars 2004. Pour avoir étudié cette loi, je considère que tu es dans ton droit lorsque tu refuses d’ôter ton bandeau ou de raccourcir ta jupe.

J’ai appris que d’autres élèves, pour ressembler à Rihanna ou parce qu’elles étaient mal coiffées, venaient parfois avec des bandanas ou des bandeaux entourant leur front, ou que la jupe longue était prisée de quelques-unes. Cette inégalité de traitement, tu me l’as dit, est l’une des motivations de ta résistance. Tu es donc, depuis plus de trois mois, sanctionnée pour ton indocilité, sans décision administrative formelle. Et quelle sanction ! Interdiction d’aller en classe, interdiction d’aller à la récréation et interdiction de parler avec les autres élèves, y compris ceux qui rejoignaient ton petit bagne, en salle de permanence. Une «mise au placard» scolaire et l’échec qui va avec.

Au début, je n’ai pas compris pourquoi ta maman, que je connais bien, avait mis autant de temps avant de nous informer. Elle m’a alors expliqué qu’elle avait multiplié les démarches, sans résultat, malgré ta santé physique et psychologique, qui est, ton collège le sait, très fragile. Même la lettre de ton médecin n’a guère modifié ton statut de paria. Je sais qu’au sein de la vie scolaire, ils ne sont pas en phase avec ta mise à l’écart qui leur est imposée, qu’ils tentent, par le dialogue, d’apaiser ce que tu éprouves. J’ai lu le témoignage d’un ex-surveillant, écœuré par ton sort et «l’odeur nauséabonde» qui, selon lui, a permis une telle union sacrée contre toi et ton misérable bandeau. Sans parler de la mauvaise foi de la direction qui, au départ, t’a accusée d’être un danger pour les autres dans les escaliers à cause de ta longue jupe. Quant aux enseignants, une poignée d’entre eux, laïcards et islamophobes, appuie depuis le départ cette démarche. Les autres - pourtant j’en appréciais quelques-uns - se sont ralliés en signant une déposition collective auprès du Conseil d’Etat. Concernant leur attitude, je n’ai pas d’explication précise à t’apporter, la construction d’un consensus est toujours complexe. Retiens que le climat idéologique a changé dans ce pays, que l’approbation de ta mise à l’écart suppose un réel mépris, sans oublier que c’est ta principale qui fait leur emploi du temps et contribue à leur avancement. Je pense aussi qu’ils t’en veulent, par ton indocilité, d’agir comme une sorte de miroir. Ton histoire les révèle à eux-mêmes. Je n’arrive pas à me faire à l’idée qu’en s’acharnant sur ton bandeau et ta liberté, ils pensent sincèrement défendre la laïcité. J’ai ensuite appris que ta principale avait obtenu le soutien des représentants des parents d’élève. Ils n’ont même pas pris le temps de vous rencontrer, de confronter les versions. Je dois t’avouer que je suis autant écœuré de l’acharnement que de l’indifférence qui l’entoure.

Je me demande comment, du haut de tes 15 ans, tu perçois l’école, la justice, ton pays, ton avenir et comment tes enseignants réagiraient si leurs enfants subissaient de telles humiliations ? Pour autant, je t’invite à ne pas généraliser. Dans cette affaire, les protagonistes n’incarnent pas, je l’espère, une position majoritaire. Il y a des directions et équipes éducatives raisonnables.

Début mars, un article du Parisien a témoigné de ta situation, après que le juge du tribunal administratif de Melun en reconnaisse l’irrégularité (6 mars). Ces deux moments t’ont apporté un espoir qu’une autre décision, celle du Conseil d’Etat, a anéanti. Je vais essayer de t’expliquer comment cela a pu arriver. Le tribunal, qui s’est intéressé au fond de l’affaire, a reconnu que ton cas relevait d’une urgence. Il a considéré que ton droit à l’éducation était malmené et a contesté le recours à la loi du 15 mars 2004. Ni cette loi ni le règlement intérieur de ton collège n’affirment que le bandeau est assimilable à un signe religieux ostensible… encore moins une jupe longue. Un bandeau frontal n’a rien d’une prescription islamique.

Mais ils ont fait appel de la décision : direction le Conseil d’Etat. Le 18 mars, celui-ci a donné plus de crédit à la version du collège qu’à la tienne. Ta principale prétend en effet que les éléments de cours qui t’étaient fournis suffisaient pour éviter le sacrifice de ton année scolaire et de ton brevet. Ce qui est faux. Comment des cours incomplets et sans enseignants peuvent-ils suffire ? Ensuite, les convocations de tes parents, la poignée d’échanges écrits ou oraux qui ont suivi, ont été considérées comme la preuve qu’un «dialogue» existait. La loi dont je t’ai parlé impose l’existence d’un tel dialogue. Dans les faits, il a pris la forme d’ultimatum : c’était soit la soumission, soit l’exclusion. C’est souvent comme ça que les institutions puissantes «dialoguent» avec des contestataires sans pouvoir ni valeur sociale ou symbolique. Malgré cela, la procédure a été jugée conforme. Or, sur le fond, le Conseil d’Etat ne s’est pas prononcé sur l’urgence de ta situation. Puis, il a émis des doutes sur le caractère religieux de ton bandeau, donc des doutes sur la légitimité de la procédure, mais tant que celle-ci est conforme… Le doute a profité à l’administration, contrairement à ce que stipule la Convention internationale des droits de l’enfant qui privilégie «l’intérêt supérieur de l’enfant». Reste à savoir si tu es encore une enfant à leurs yeux.

Quel est le bilan de tout ça ? Ton exclusion se profile, ta santé ne s’est pas améliorée - plutôt déprimée, m’a dit ta mère -, ton année scolaire est quasiment fichue et les procédures sont ruineuses pour votre modeste budget.

A part la dignité fixée à ton front, tu as, pour l’instant, perdu sur tous les autres. Comme toi, je me rends compte que ta parole, ta liberté ainsi que ton avenir scolaire n’ont pas pesé bien lourd. Et ne crois pas trop, à l’avenir, à un job d’assistante maternelle ou dans le privé. Le parti politique pour lequel ton entourage a donné sa voix à l’élection présidentielle envisage d’achever la marginalisation des femmes dont l’islamité est jugée trop visible. Cet acharnement est névrotique et, malheureusement, Frantz Fanon est mort.

Sache, pour finir, que tu n’es pas isolée. Ta famille, tes amis, plusieurs associations sont à tes côtés. Le Collectif contre l’islamophobie en France s’est mobilisé. Plusieurs personnes, pas seulement des musulmans, souhaitent participer au financement de vos frais d’avocat. Des enseignants informés de ton histoire se sont proposés de se substituer aux tiens, si tu en as la force, pour ta réussite au brevet. Tout n’est pas négatif. Courage.

Copyright © 2013 Libération.

April 5, 2013
Val-de-Marne : exclue de son collège pour le port de signes religieux | leParisien.fr
Par LeParisien.fr avec l’AFP
5 avril 2013
Une jeune fille musulmane qui persistait à se présenter à son collège revêtue d’une longue jupe et d’un bandeau masquant une partie de ses cheveux a été exclue ce vendredi de son établissement, à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), selon sa famille.
«Elle portait un bandeau de cinq centimètres et une jupe longue. Le conseil de discipline a estimé que les deux associés, c’était un signe religieux. C’est n’importe quoi», s’est offusquée Fatiha Ben Yahiaten, la mère de l’adolescente de 15 ans. Ni le chef d’établissement, ni les services de l’Education nationale n’étaient joignables vendredi après-midi pour commenter cette décision.
Un bandeau dans les cheveux et une longue jupe noire
Scolarisée en troisième au collège des Prunais, la jeune fille s’était présentée le 4 décembre 2012, revêtue d’une longue jupe noire couvrant son pantalon et d’un bandeau masquant une partie de ses cheveux. La direction de l’établissement l’avait alors informée que sa tenue contrevenait à la loi restreignant le port des signes religieux à l’école.
Refusant de modifier sa tenue, l’adolescente a alors été placée pendant plusieurs semaines en salle de permanence où des éléments de cours lui ont été donnés tandis qu’un dialogue était établi entre l’établissement, l’élève et sa famille. Celui-ci n’a cependant pas permis d’aboutir.
La famille envisage de déposer plainte pour discrimination
Saisi par la famille, le juge des référés du tribunal administratif de Melun (Seine-et-Marne) avait, mi-mars, donné tort à l’établissement et demandé la réintégration complète de la collégienne. Mais le Conseil d’Etat, saisi par l’Education nationale, a infirmé cette décision le 19 mars. Depuis, Sirine n’avait pas été exclue de l’établissement mais elle devait toujours se rendre en salle de permanence. Ce vendredi, le collège a donc décidé de ne plus l’accueillir dans ses murs.
Epaulée par le collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), sa mère a indiqué son intention de faire appel de la décision, voir de porter plainte pour discrimination et harcèlement.
Copyright © 2013 Le Parisien.
[Photo : Sirine, 15 ans, n’a plus le droit de se rendre au collège des Prunais, à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne). Elle en a été exclue ce vendredi au terme d’un long bras de fer judiciaire avec l’Education nationale sur la connotation religieuse de son bandeau. (© LP/Elsa Marnette)]

Val-de-Marne : exclue de son collège pour le port de signes religieux | leParisien.fr

Par LeParisien.fr avec l’AFP

5 avril 2013

Une jeune fille musulmane qui persistait à se présenter à son collège revêtue d’une longue jupe et d’un bandeau masquant une partie de ses cheveux a été exclue ce vendredi de son établissement, à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), selon sa famille.

«Elle portait un bandeau de cinq centimètres et une jupe longue. Le conseil de discipline a estimé que les deux associés, c’était un signe religieux. C’est n’importe quoi», s’est offusquée Fatiha Ben Yahiaten, la mère de l’adolescente de 15 ans. Ni le chef d’établissement, ni les services de l’ nationale n’étaient joignables vendredi après-midi pour commenter cette décision.

Un bandeau dans les cheveux et une longue jupe noire

Scolarisée en troisième au collège des Prunais, la jeune fille s’était présentée le 4 décembre 2012, revêtue d’une longue jupe noire couvrant son pantalon et d’un bandeau masquant une partie de ses cheveux. La direction de l’établissement l’avait alors informée que sa tenue contrevenait à la loi restreignant le port des signes religieux à l’école.

Refusant de modifier sa tenue, l’adolescente a alors été placée pendant plusieurs semaines en salle de permanence où des éléments de lui ont été donnés tandis qu’un dialogue était établi entre l’établissement, l’élève et sa famille. Celui-ci n’a cependant pas permis d’aboutir.

La famille envisage de déposer plainte pour discrimination

Saisi par la famille, le juge des référés du tribunal administratif de Melun (Seine-et-Marne) avait, mi-mars, donné tort à l’établissement et demandé la réintégration complète de la collégienne. Mais le Conseil d’Etat, saisi par l’Education nationale, a infirmé cette décision le 19 mars. Depuis, Sirine n’avait pas été exclue de l’établissement mais elle devait toujours se rendre en salle de permanence. Ce vendredi, le collège a donc décidé de ne plus l’accueillir dans ses murs.

Epaulée par le collectif contre l’islamophobie en (CCIF), sa mère a indiqué son intention de faire appel de la décision, voir de porter plainte pour discrimination et harcèlement.

Copyright © 2013 Le Parisien.

[Photo : Sirine, 15 ans, n’a plus le droit de se rendre au collège des Prunais, à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne). Elle en a été exclue ce vendredi au terme d’un long bras de fer judiciaire avec l’Education nationale sur la connotation religieuse de son bandeau. (© LP/Elsa Marnette)]

March 3, 2013
How Racism And Sexism Are Net Drains on the U.S. Economy | AlterNet
By Chauncey DeVega
February 27, 2013

Discrimination isn’t just an insult to our most basic notions of fairness. It also costs us money, because those who are discriminated against are unable to make the best use of their talents. This not only hurts them, it hurts us all, as some of our best and brightest players are, in essence, sidelined, unable to make their full contributions to our economy.
Over the past half century, America has made considerable strides in reducing discrimination against women and racial minorities. But recent research suggests that we still have a long way to go. What’s even worse: Progress against discrimination – particularly racial discrimination — seems to have largely stalled out. And there are signs that other forms of discrimination are getting worse. — David Futrelle, Time Magazine

The struggle against social injustice is fueled by a narrative of moral appeals. The logic of good guys vs bad guys, and how the long arc of justice inevitably bends true is compelling and beautiful. In appealing to the heart, the hope is that the mind, and the body politic, will inevitably be moved in the direction of the Common Good, and towards a set of forward thinking and evolved public policies
My thinking about the nature of the Racial State, white supremacy, and social change has evolved over the years. In college during my black nationalist phase, I was compelled by a narrative of “justice” and how certain groups were inherently and deeply tied to various social evils that for reasons of selfishness and self-interest they could not abandon or overcome.
As I have gotten older, read more, learned how much I do not know, and read some more again, I now see how elite actors, working both against and with people on the ground can either serve Power, massage its reach, or change the terms of the social and political consensus.
The New Racism of the post civil rights colorblind era works through impersonal forces. Of course, the ugly hangovers of inter-personal violence and old school racism still exist in such manifestations as police brutality, hate crimes, stop and frisk, and a deep cultural hostility to black people which links us to apes and animals in the American collective subconscious—and which legitimates our murder by either street vigilante bigots such as George Zimmerman or juries that are more likely to give black defendants the death penalty.
The power of implicit bias and the deep veins of anti-black bigotry are topics which remain little discussed in “post racial” America:

Eberhardt described a number of other studies with similar findings. Instead of faces, participants saw a list of stereotypically White or Black names. Then they viewed a video with a gorilla in it. Only 45% of the participants exposed to the White names noticed the gorilla. But 70% of the participants who saw the Black names noticed the gorilla. “This idea of Blacks as apes pulls the gorilla out of darkness,” Eberhardt said.
Given the findings of these studies—people exhibit a clear association between Blacks and apes—what are the social and political consequences? Eberhardt described an experiment based on the Rodney King case. Participants viewed a video of police officers beating a Black suspect. Participants who saw words associated with apes before watching the video believed the officers’ actions were more justified, compared to participants who did not see the animal imagery.
In a separate study, Eberhardt found that people are more likely to consider animal language (such as “barbaric,” “animalistic,” etc.) appropriate and necessary in court cases of Black defendants compared to White defendants. News articles describing Black defendants are more likely to use animal language than articles about White defendants.
In addition, news articles of Blacks who received a death sentence contain more animal language than the articles of those with life sentences. “So not only are Blacks associated with apes, but this association is linked to justifications of violence and death,” Eberhardt concluded. “It’s almost as though the rules for what moral treatment is get shifted for Black suspects and defendants.”


Because the inequalities of race (and gender) work impersonally and structurally in neoliberal, 21st century, corporate-democracy “multicultural” America, the most powerful way of overcoming them, is by appealing to a basic, material calculus of shared self-interest in the service of realpolitik.
For example, Dr. King and the other brave Freedom Soldiers he struggled and died with, “won” the Civil Rights Movement because of their pressure on the United States government in the context of the Cold War. Elite interests were served by making some concessions—some basic, others radical—and dismantling formal Jim and Jane Crow.
Thus one must ask, without the Cold War, would the Civil Rights Movement have been successful? The counterfactual scares me.
While not surrendering to a crude materialism, I have long been telling folks that racism’s (and sexism’s) greatest social evil is how it generates a net loss on the economic and material productivity of the United States. This economic inefficiency has a direct impact (both positively and negatively) on the life chances of all Americans.
Job market and other discrimination limits the returns on educational investment for people of color and women. Wealth and income inequality can also be traced to such “bad behavior” as discrimination in all of its forms. Moral appeals are great. But appeals to more economic growth and shared uplift, are to my eyes, even more compelling reasons for confronting both day-to-day, as well as structural racism and sexism.
David Futrelle, writing in Time magazine, would seem to agree where he offers up the following analysis:

Before we get to the recent research, let’s look at the ways discrimination hurts us. Economists see discrimination as a form of economic inefficiency – a massive, systematic misallocation of human resources. Those in the discriminated-against groups can’t bring their full talents to the table, languishing in jobs that are in many ways “beneath them,” while less-talented members of more privileged groups take high-powered, high-paying jobs that are beyond their abilities, dragging down everyone with their relative incompetence.
Economists describe this, drily, in terms of “human capital frictions” that impose “a group-specific tax for each occupation on the inputs into human capital production,” as one recent paper puts it.
But the costs of discrimination are depicted in a much more memorable manner in the show Mad Men, particularly in its earlier seasons. The show, as many of you no doubt are aware, takes place in an ad agency in the 1960s that’s basically one big boys club, in which talented women are relegated to being support staff for ad men who are in some cases little more than amiable drunks.
Much of the drama of the first couple of seasons centers around the rise of a new hire named Peggy Olsen, who starts working at the firm as a secretary and whose considerable talents as a writer are only noticed by the men of the firm essentially by accident. And it goes without saying that the boys club is also an all-white club.


[Given their love of “free markets” and their worship at the altar of unrestrained greed, one would think that true conservatives and Republicans would be the fiercest proponents of anti-racist policies, as they would unleash the American economy by removing market inefficiencies.
Maybe contemporary Republicans do not really believe in free markets, and would rather engage in rent seeking behavior, as well as getting paid of off other scams?]
Systemic white racism has served as one of the greatest subsidies from one group of people to another in the history of the United States. While many of them, especially on the Right, may complain and cry about how black and brown folks (and women) are “protected classes,” white men have collectively been given trillions and trillions of dollars in wealth transfers, stolen land, resources, and other benefits which were denied to those not in that cohort.
In America, affirmative action (as viewed through the lens of its most pernicious caricaturizations by contemporary conservatives) has truly been white…and male for centuries. Thus, a great contradiction. The White grievance politics of the Right are prefaced upon a sense of white disadvantage: the insecurity felt by many white men is a direct response to a sense that they are “losing” the most in today’s economy.
However, many on the Right are ideologically driven to deny the empirical fact that racism against people of color exists and profoundly impacts our life chances—even in the Age of Obama. Yet, there is a deep sense that the unearned privileges that come with being white (and male) in American society are being stolen away by the “undeserving” minorities, immigrants, and women.
I would suggest that this anxiety, hostility, and fear is understandable. White men as a group have been subsidized by the State for centuries. Ultimately, the mediocrity of Whiteness, and white men in particular, has been cultivated and encouraged by the Racial State from slavery, through to Jim and Jane Crow, and in the colorblind racism and institutional discrimination of post civil rights America.
As such, for decades even semi to low skilled white men in the labor market could buy a home, get promoted, move up, accrue resources, and eventually retire at a reasonable age, because of an insular and restrictive labor market in which they did not have to fully compete with women and people of color.
It is still a white man’s world as demonstrated by the racialized and gendered nature of the top tiers of the finance, banking, entertainment, and government sectors. It is still a white man’s world for rank and file white folks too. However, they sense, as they should, that their position is slipping in an increasingly globalized and diverse America.
In an age of austerity, will elites pursue a strategy of fully mobilizing all of the human capital in American society in order to have greater gains for us all? Or will there be a White backlash, where an alienated and aggrieved group of human mediocrities on the White Right and the Tea Party GOP work feverishly to keep their share of a shrinking resource pie?
If anything the Tea Party was/is a herrenvolk organization that wanted to keep resources for white folks like them, at the expense of any other group not considered part of their particular “real America nation.” Did they have the right idea at the wrong time? Or did they just overplay their hand?
Copyright © 2013 AlterNet.
[Chauncey DeVega is editor and founder of the blog We Are Respectable Negroes, which has been featured by the NY Times, the Utne Reader, and The Atlantic Monthly. Writing under a pseudonym, Chauncey DeVega’s essays on race, popular culture, and politics have appeared in various books, as well as on such sites as the Washington Post's The Root and PopMatters. Photo © Shutterstock.com/ollyy.]

How Racism And Sexism Are Net Drains on the U.S. Economy | AlterNet

By Chauncey DeVega

February 27, 2013

Discrimination isn’t just an insult to our most basic notions of fairness. It also costs us money, because those who are discriminated against are unable to make the best use of their talents. This not only hurts them, it hurts us all, as some of our best and brightest players are, in essence, sidelined, unable to make their full contributions to our economy.

Over the past half century, America has made considerable strides in reducing discrimination against women and racial minorities. But recent research suggests that we still have a long way to go. What’s even worse: Progress against discrimination – particularly racial discrimination — seems to have largely stalled out. And there are signs that other forms of discrimination are getting worse. — David Futrelle, Time Magazine

The struggle against social injustice is fueled by a narrative of moral appeals. The logic of good guys vs bad guys, and how the long arc of justice inevitably bends true is compelling and beautiful. In appealing to the heart, the hope is that the mind, and the body politic, will inevitably be moved in the direction of the Common Good, and towards a set of forward thinking and evolved public policies

My thinking about the nature of the Racial State, white supremacy, and social change has evolved over the years. In college during my black nationalist phase, I was compelled by a narrative of “justice” and how certain groups were inherently and deeply tied to various social evils that for reasons of selfishness and self-interest they could not abandon or overcome.

As I have gotten older, read more, learned how much I do not know, and read some more again, I now see how elite actors, working both against and with people on the ground can either serve Power, massage its reach, or change the terms of the social and political consensus.

The New Racism of the post civil rights colorblind era works through impersonal forces. Of course, the ugly hangovers of inter-personal violence and old school racism still exist in such manifestations as police brutality, hate crimes, stop and frisk, and a deep cultural hostility to black people which links us to apes and animals in the American collective subconscious—and which legitimates our murder by either street vigilante bigots such as George Zimmerman or juries that are more likely to give black defendants the death penalty.

The power of implicit bias and the deep veins of anti-black bigotry are topics which remain little discussed in “post racial” America:

Eberhardt described a number of other studies with similar findings. Instead of faces, participants saw a list of stereotypically White or Black names. Then they viewed a video with a gorilla in it. Only 45% of the participants exposed to the White names noticed the gorilla. But 70% of the participants who saw the Black names noticed the gorilla. “This idea of Blacks as apes pulls the gorilla out of darkness,” Eberhardt said.

Given the findings of these studies—people exhibit a clear association between Blacks and apes—what are the social and political consequences? Eberhardt described an experiment based on the Rodney King case. Participants viewed a video of police officers beating a Black suspect. Participants who saw words associated with apes before watching the video believed the officers’ actions were more justified, compared to participants who did not see the animal imagery.

In a separate study, Eberhardt found that people are more likely to consider animal language (such as “barbaric,” “animalistic,” etc.) appropriate and necessary in court cases of Black defendants compared to White defendants. News articles describing Black defendants are more likely to use animal language than articles about White defendants.

In addition, news articles of Blacks who received a death sentence contain more animal language than the articles of those with life sentences. “So not only are Blacks associated with apes, but this association is linked to justifications of violence and death,” Eberhardt concluded. “It’s almost as though the rules for what moral treatment is get shifted for Black suspects and defendants.”

Because the inequalities of race (and gender) work impersonally and structurally in neoliberal, 21st century, corporate-democracy “multicultural” America, the most powerful way of overcoming them, is by appealing to a basic, material calculus of shared self-interest in the service of realpolitik.

For example, Dr. King and the other brave Freedom Soldiers he struggled and died with, “won” the Civil Rights Movement because of their pressure on the United States government in the context of the Cold War. Elite interests were served by making some concessions—some basic, others radical—and dismantling formal Jim and Jane Crow.

Thus one must ask, without the Cold War, would the Civil Rights Movement have been successful? The counterfactual scares me.

While not surrendering to a crude materialism, I have long been telling folks that racism’s (and sexism’s) greatest social evil is how it generates a net loss on the economic and material productivity of the United States. This economic inefficiency has a direct impact (both positively and negatively) on the life chances of all Americans.

Job market and other discrimination limits the returns on educational investment for people of color and women. Wealth and income inequality can also be traced to such “bad behavior” as discrimination in all of its forms. Moral appeals are great. But appeals to more economic growth and shared uplift, are to my eyes, even more compelling reasons for confronting both day-to-day, as well as structural racism and sexism.

David Futrelle, writing in Time magazine, would seem to agree where he offers up the following analysis:

Before we get to the recent research, let’s look at the ways discrimination hurts us. Economists see discrimination as a form of economic inefficiency – a massive, systematic misallocation of human resources. Those in the discriminated-against groups can’t bring their full talents to the table, languishing in jobs that are in many ways “beneath them,” while less-talented members of more privileged groups take high-powered, high-paying jobs that are beyond their abilities, dragging down everyone with their relative incompetence.

Economists describe this, drily, in terms of “human capital frictions” that impose “a group-specific tax for each occupation on the inputs into human capital production,” as one recent paper puts it.

But the costs of discrimination are depicted in a much more memorable manner in the show Mad Men, particularly in its earlier seasons. The show, as many of you no doubt are aware, takes place in an ad agency in the 1960s that’s basically one big boys club, in which talented women are relegated to being support staff for ad men who are in some cases little more than amiable drunks.

Much of the drama of the first couple of seasons centers around the rise of a new hire named Peggy Olsen, who starts working at the firm as a secretary and whose considerable talents as a writer are only noticed by the men of the firm essentially by accident. And it goes without saying that the boys club is also an all-white club.

[Given their love of “free markets” and their worship at the altar of unrestrained greed, one would think that true conservatives and Republicans would be the fiercest proponents of anti-racist policies, as they would unleash the American economy by removing market inefficiencies.

Maybe contemporary Republicans do not really believe in free markets, and would rather engage in rent seeking behavior, as well as getting paid of off other scams?]

Systemic white racism has served as one of the greatest subsidies from one group of people to another in the history of the United States. While many of them, especially on the Right, may complain and cry about how black and brown folks (and women) are “protected classes,” white men have collectively been given trillions and trillions of dollars in wealth transfers, stolen land, resources, and other benefits which were denied to those not in that cohort.

In America, affirmative action (as viewed through the lens of its most pernicious caricaturizations by contemporary conservatives) has truly been white…and male for centuries. Thus, a great contradiction. The White grievance politics of the Right are prefaced upon a sense of white disadvantage: the insecurity felt by many white men is a direct response to a sense that they are “losing” the most in today’s economy.

However, many on the Right are ideologically driven to deny the empirical fact that racism against people of color exists and profoundly impacts our life chances—even in the Age of Obama. Yet, there is a deep sense that the unearned privileges that come with being white (and male) in American society are being stolen away by the “undeserving” minorities, immigrants, and women.

I would suggest that this anxiety, hostility, and fear is understandable. White men as a group have been subsidized by the State for centuries. Ultimately, the mediocrity of Whiteness, and white men in particular, has been cultivated and encouraged by the Racial State from slavery, through to Jim and Jane Crow, and in the colorblind racism and institutional discrimination of post civil rights America.

As such, for decades even semi to low skilled white men in the labor market could buy a home, get promoted, move up, accrue resources, and eventually retire at a reasonable age, because of an insular and restrictive labor market in which they did not have to fully compete with women and people of color.

It is still a white man’s world as demonstrated by the racialized and gendered nature of the top tiers of the finance, banking, entertainment, and government sectors. It is still a white man’s world for rank and file white folks too. However, they sense, as they should, that their position is slipping in an increasingly globalized and diverse America.

In an age of austerity, will elites pursue a strategy of fully mobilizing all of the human capital in American society in order to have greater gains for us all? Or will there be a White backlash, where an alienated and aggrieved group of human mediocrities on the White Right and the Tea Party GOP work feverishly to keep their share of a shrinking resource pie?

If anything the Tea Party was/is a herrenvolk organization that wanted to keep resources for white folks like them, at the expense of any other group not considered part of their particular “real America nation.” Did they have the right idea at the wrong time? Or did they just overplay their hand?

Copyright © 2013 AlterNet.

[Chauncey DeVega is editor and founder of the blog We Are Respectable Negroes, which has been featured by the NY Times, the Utne Reader, and The Atlantic Monthly. Writing under a pseudonym, Chauncey DeVega’s essays on race, popular culture, and politics have appeared in various books, as well as on such sites as the Washington Post's The Root and PopMatters. Photo © Shutterstock.com/ollyy.]

March 3, 2013
Spain overturns city’s ban on full-face veils | ArabNews
Reuters
March 1, 2013
MADRID: Spain’s Supreme Court has overturned the city of Lleida’s ban on women wearing full-face veils — such as burqas or niqabs — in public buildings, citing religious freedom and saying the city’s argument of security concerns was unfounded. In its ruling, dated Feb. 14 and made public on Thursday, the court said the ban could increase discrimination, rather than help eliminate it, as it may force some women to stay at home and therefore not integrate at all into Spanish society. The city, known as Lleida in the Catalan language and Lerida in Spanish, had argued that immigrants would struggle to integrate if they used the veil. The city also said the custom would disturb the local culture and create security problems. Lleida banned the wearing of full-face veils in public buildings three years ago, about the same time that rules against veils in France and Belgium set off controversy. Barcelona and other cities in Catalonia followed with similar bans on full-face veils, which are rarely seen in Spain, home to about 1.6 million Muslims. It was not immediately clear whether the Lleida ruling would apply to those cities also. The case against Lleida — all of whose justifications for the ban were ruled unfounded — was brought by the Watani Liberty and Justice Association. Spain has no national law on religious garb.
Copyright © 2013 Thomson Reuters.

Spain overturns city’s ban on full-face veils | ArabNews

Reuters

March 1, 2013

MADRID: Spain’s Supreme Court has overturned the city of Lleida’s ban on women wearing full-face veils — such as burqas or niqabs — in public buildings, citing religious freedom and saying the city’s argument of security concerns was unfounded.
In its ruling, dated Feb. 14 and made public on Thursday, the court said the ban could increase discrimination, rather than help eliminate it, as it may force some women to stay at home and therefore not integrate at all into Spanish society.
The city, known as Lleida in the Catalan language and Lerida in Spanish, had argued that immigrants would struggle to integrate if they used the veil. The city also said the custom would disturb the local culture and create security problems.
Lleida banned the wearing of full-face veils in public buildings three years ago, about the same time that rules against veils in France and Belgium set off controversy.
Barcelona and other cities in Catalonia followed with similar bans on full-face veils, which are rarely seen in Spain, home to about 1.6 million Muslims. It was not immediately clear whether the Lleida ruling would apply to those cities also.
The case against Lleida — all of whose justifications for the ban were ruled unfounded — was brought by the Watani Liberty and Justice Association.
Spain has no national law on religious garb.

Copyright © 2013 Thomson Reuters.

February 8, 2013
Interview with Judith Butler | AVIVA-Berlin
By Undine Zimmer, Marie Heidingsfelder and Sharon Adler
September 7, 2010
"I must distance myself from this complicity with racism" - with these words, the famous philosopher and gender-theorist refused the "Civil Courage Prize" at the CSD in Berlin, June 2010.
Who doesn´t know Judith Butler, born 1956 in Cleveland, Ohio?Since the publication of "Gender Trouble", she is internationally known for her theories, especially for her thesis of the performativity of gender. Her work contributes to feminism, queer theory and political philosophy, where she proves herself a vehement activist and denouncer of American war politics under George Bush. Especially in Germany, the reception her theories concerning gender was very controversial and caused a lively discussion in feminism. Her most recent work focuses on the struggle for equality against racism and agression, Jewish philosophy and criticisms of state violence. Because of her early departure from Berlin after the CSD, AVIVA-Berlin couldn´t talk to her face-to-face but we are very happy that she took the time to answer our emailed questions about racism and the CSD, her latest political statements, the challenge of modern feminism and the importance of her Jewish background!
CSD and Gender
AVIVA-Berlin: You refused the prize for civil courage at CSD in Berlin. Would you have accepted a prize for moral courage at the alternative CSD, that is taking place in Kreuzberg on June 26th?Judith Butler: Yes, I suppose I would have! I am only sorry that I did not understand the political situation in Berlin earlier. I intended to take the prize when I arrived, and I was quite surprised by the number of groups and individuals throughout Europe who encouraged me not too.
AVIVA-Berlin: You criticised the hosts of Berlin CSD 2010 for losing sight of double discrimination, not distancing themselves from ´racist statements´ and making the whole event superficial. You have made these issues visible. Can you please tell us more about what exactly you are refering to?Judith Butler: I never used the word “superficial.” I believe that this was attributed to me by someone who helped organize the CSD. The problem was not that the event was superficial, but that the CSD is linked with several groups and individuals who engage in a very strong anti-immigrant discourse, referring to people from north Africa, Turkey, and various Arab countries as less modern or more primitive. Although we can find homophobia in many places, including those of religious and racial minorities, we would be making a very serious error if we tried to fight homophobia by propagating stereotypical and debasing constructions of other minorities. My view is that the struggle against homophobia must be linked with the struggle against racism, and that subjugated minorities have to find ways of working in coalition. It was brought to my attention that the various groups that struggle against racism and homophobia are not part of the CSD list of affiliates.
AVIVA-Berlin: In their defense the hosts argued that you were on a tight schedule and might not have noticed all the activities against disrimination that took place during and before the parade. Where do you think the hosts might have officially shown more moral courage?Judith Butler: I do not doubt that some people and some events at the CSD were designed to show an opposition to discrimination of various kinds. But many of the people in leadership roles, including Jan Feddersen and Rudolph Kampe, have been very strong in demonizing new immigrant communities, allying gay politics with anti-immigration politics, and refusing the racial and religious diversity of contemporary Europe. Some of these tactics are very problematic, including that of the group, Maneo. The CSD needs very much to refuse affiliation with groups that promote racism. It makes no sense to struggle to overcome the subjugation of one minority by increasing the subjugation of another. This is especially true when one realizes the importance of queer, trans, gay, lesbian, and bi people within minority migrant communities.
AVIVA-Berlin: Before you arrived in Berlin did you know that you would reject the prize?Judith Butler: No, I was excited about coming, and very eager for the event. It came as a surprise to me that so many people in Berlin, in other cities in Germany, but also in Belgium, the UK, the Netherlands, France, and the US, contacted me to ask me not to accept the prize. I realized that there were political divisions in the Berlin community that need to be addressed more directly and productively by the CSD and other major gay and lesbian organizations.
AVIVA-Berlin: How could the CSD become more politcal? And what do you think about the fact that the CSD in Berlin is split up into two different events: the parade and the alternative CSD in Kreuzberg.Judith Butler: I suppose I had assumed that some of the same people go to CSD Berlin and to CSD Kreuzberg. But what I had not considered was how many people refuse to go to CSD Berlin precisely because it has not taken a strong stand against racism and the targetting of new migrant communities. Perhaps the problem is not that CSD should become “more political” but rather which politics the CSD should pursue. If the mainstream gay movement continues to ally itself with European cultural norms of purity or if it does not openly affirm the equal rights of minorities, then it will remain in conflict with various activists who either emerge from minority communities or who are committed to anti-racism as part of their politics.
AVIVA-Berlin: What does Christopher Street Day mean to you personally?Judith Butler: You know, Christopher Street is the place in New York where the famous Stonewall resistance happened a few decades ago. It is, for me, the name of a place where resistance to police violence and harassment takes place. I think it is important to enter the streets, to lay claim to public space, to overcome fear, to assert pride, and to exercise the right to take pleasure in ways that harm no one. All of these are key ideals. I like the pageantry and the joy. But if we ask about how to oppose violence during these times, we have to consider the way that new immigrant communities are subject to right-wing street violence, how they are subject to racial profiling and harassment by police, and we have to object to harassment and violence against all minorities. Indeed, the opposition to illegitimate state violence and various forms of cultural pathologization are crucial to the queer movement more generally. So if we fight for the rights of gay people to walk the street freely, we have to realize first that some significant number of those people are also in jeopardy because of anti-immigrant violence - this is what we call “double jeopardy” in English. Secondly, we have to consider that if we object to the illegitimate and subjugating use of violence against one community, we cannot condone it in relation to another! In this way, the queer movement has to be committed to social equality, and to pursuing freedom under conditions of social equality. This is very different from the new libertarianism that cares only for personal liberty, is dedicated to defending individualism, and often allies with police and state power, including new forms of nationalism, European purity, and militarism.
AVIVA-Berlin: Your philosophy is often classified as part of pop-culture. Actually, especially in Germany many people refer to your book “Gender Trouble” and link your name to the idea of freely “choosing” and “creating” gender although your theory is not euphoric and includes melancholy and political engagement against any form of discrimination. How do you feel being considered as a pop-icon? Judith Butler: I am not sure I am a pop-icon. I don´t read those kinds of commentaries. But if the arguments of Gender Trouble have made their way into popular culture, then I am pleased. It seems to me that academic work only becomes part of a larger social movement by assuming a popular form. The misreadings are interesting to me, and perhaps say more about the social needs of one´s readers than the text itself. In any case, my effort has been to show that even though we are in some ways formed by social norms, we are not determined by them. We can struggle with them, through them, and against them. I presume that some people are drawn to the work because it tries to understand agency in the midst of social power.
AVIVA-Berlin: In a documentary for ARTE -TV you said that becoming aware of being a lesbian made you feel unsettled, you were afraid of the pathologisation, the image of lesbians and social exclusion. Do you think today, 40 years later, that coming out and living openly in a non hetero-normative way is easier? Judith Butler: Yes, it is easier, and I am always pleased and surprised by that discovery. But for those of us who had no social movement when we came out as adolescents, we doubtless still carry scars from that period of life. I am still haunted, even though I could not be more “out.”
AVIVA-Berlin: According to your philosophy identity, not only concerning gender, is always vulnerable and never stable. For many people, this idea isn´t comprehensible, awkward or frightening - how do you react to this point of view?Judith Butler: Maybe there are various viewpoints that are at issue here. It is true that many people want the stability of “identity” categories, they want to know what gender they are or what sexual orientation they have. And they want that to be a stable and enduring part of their lives. I can certainly understand this. But others want to know that they can have certain relations, and even change over time, and they are not always able to say with certainty that they belong to one category or another. Whereas for some stability and belonging is a precondition of living well, for others that very stability and belonging feels like a trap, a prison, or even the end of a sense of being alive. So perhaps this is a complex terrain. Moreover, the categories that are available to us are also changing, they are historical, and so we may think that we identify with one gender only to find that we are not generally recognized as belonging to that gender. Or we may find that we have to enter a social struggle for recognition. At other times, living without explicit recognition can be a form of freedom. So perhaps we need to develop a capacious way of understanding the complexity of gendered and sexual life.
As for vulnerability: it seems clear to me that in being named “a boy” or “a girl” we are vulnerable to the language that others use to describe us. We are brought into the world by being named by others, and that primary vulnerability is there, before we have any power to name ourselves. Do we ever escape the social interpellations of others? Do we ever escape the social imprint? Or do we struggle with and against that legacy we never chose?
AVIVA-Berlin: In opposition to other feminists, you don´t only talk about the vulnerability of women as victims, but emphasise the possibility to act. What does that mean for modern feminism?Judith Butler: Perhaps contemporary feminism is divided on the question of whether political actions can and should take place outside the context of the state or whether they require state and legal institutions to compel social change. I think my early work focused on the cultural acts and practices that institute and change gender, but I also worried then, as I worry now, about allying with forms of state power that might end up defining women in ways that might turn out to be very restrictive. This is, of course, one problem with victim discourse. On the one hand, we need to be able to describe very clearly how and when people are victimized, but if someone then becomes defined as a victim, how can that person act? The definition of the person as victim, once institutionalized by law, can keep us from being able to understand forms of resistance, struggle, and agency. Feminism has to describe and oppose modes of gender violence, but it also has to show how women resist, fight, and transform their worlds. We have to do both, and ask whether the strategies we pursue enhance our agency or not.
Jewish Life/Roots
AVIVA-Berlin: You grew up in a practising Jewish family and had a private tutorial with your Rabbi when you were 14. Did you have your Bat Mitzvah and what does Jewish identity mean to you today?Judith Butler: At the time, my synagogue did not give girls the chance to have a Bat Mitzvah. I suppose I would have pursued it if I could. As it was, I attended courses at one of the local synagogues, discussed Jewish ethics, the history of the Nazi genocide against the Jews and other minorities, read Jewish philosophy, and found myself very interested in the traditions of existential theology.
AVIVA-Berlin: How does being Jewish influence your everyday life, your work at the university, your use of language and your life as a feminist, as a queer activist, a lesbian and political philosopher? Or does it play a role at all?Judith Butler: I am sure it plays a major role, but I may not be able to know all the ways that it affects me. It certainly affects my sense of humour and my sense of irony! But also, it seems to me that certain practices of close reading emerge from traditions of biblical commentary within Judaism, and that I am very sceptical of efforts to define or portray any notion of the divine. I am probably an agnostic on religious matters, but I do sometimes still attend the synagogue, and the music and singing is profound and moving to me.
Recently I have been trying to understand those resources within Jewish philosophy, understood generally, for thinking about the critique of state violence, the ideals of co-habitation, the ethical relation to the non-Jew, and the problem of memory and restitution. I am also interested in debates about Zionism that were very much a part of Jewish life both before and after World War II. Hannah Arendt has proven to be especially important to me, especially her efforts to establish a federal authority for Palestine and her objections to all forms of nationalism, including Jewish nationalism.
AVIVA-Berlin: How do you feel about the accusation that you have perhaps taken an anti-Semitic position concerning your statement about the Hamas and the Hezbollah as progressive social movements? (On: http://radicalarchives.org/2010/03/28/jbutler-on-hamas-hezbollah-israel-lobby/) Does that bother you more as a philosopher or on a personal level? Judith Butler: Unfortunately, that clip was cut short and did not include all of my response. What I actually said was that although groups like Hamas and Hezbollah should be described as left movements, that like all left movements, one has to choose which ones one supports and which ones one refuses. They are “left” in the sense that they oppose colonialism and imperialism, but their tactics are not ones that I would ever condone. I have never supported either group, and my very public affiliation with a politics of non-violence would make it impossible for me to support them. The editing of my response was obviously an effort to distort my view, and I am very sorry that the distortion has been able to circulate as it has. Thank you for giving me the chance to clarify what I actually said and what I have always thought.
AVIVA-Berlin: Does Jewish ethic and tradition influence your philosophy and your comprehension of human life? Judith Butler: Yes, life is transient, and so must be safeguarded by all means.
Questions concerning “Frames of war”:
AVIVA-Berlin: What exactly is the challenge of non-violence and what does the acceptance of one´s own vulnerability imply?Judith Butler: Vulnerability is never mine alone. If I seek, through acting violently, to establish my own impermeability, I inevitably fail. No human can successfully overcome vulnerability, even though that might be a guiding fantasy - indeed, it is a guiding fantasy for many forms of nationalism and militarism. In my view, shared vulnerability establishes a perspective from which to criticize the impossible and destructive fantasies that structure some nationalist forms of militarism.
AVIVA-Berlin: In an interview with Jill Stauffer you said that getting to know “the other” is connected to the challenge of reacting non-violently. But to what extent is it possible to understand the other? Is it important to admit a certain “opacity”?Judith Butler: Yes, we have to move away from the idea of “knowing” as mastery. Perhaps there is a way to think about “acknowledging” the vulnerability of the other, the equal rights of the other, and to pursue the question, “who are you?”. The question is a direct address, a way of entering into relation, but it is not the same as trying to possess the other through knowledge or relegating the “Other” to some permanent site of unknowability.
AVIVA-Berlin: How important are media in this context? How could they communicate the ability to non-violent reactions?Judith Butler: I think that journalism and media has a very profound responsibility to represent wars in a way that help people think about why there is war, what destruction it causes, and what alternatives are available. This means that the framing has to work against nationalism, racism, and sensationalism.
AVIVA-Berlin: How can we deal with agressive feelings, without becoming violent and does that mean that we can act destructively, without hurting others? Judith Butler: There are many songs and dances that engage aggression, and certainly many sports as well. There is vigorous debate and open conflict over political views, and even ways of participating in martial arts. There are many ways of crafting aggression, both through speech and other modes of expression, that do no harm.
AVIVA-Berlin: Do you have any suggestions about how, for example, the Hamas or fundamentalist Islamic groups as well as the politics of Israel could deal with their agressions in a queer, non-violent way? How could queer politics be added to the conflict?Judith Butler: Well, there is now a significant set of queer groups in Israel actively involved in promoting Palestinan justice as well as “anarchists against the wall”. And there are queer groups in the West Bank (Aswat) and in Beirut, for instance, that are trying to criticize the forms of “homonationalism” I discussed above. It is unfortunate that these positions are not well enough known.
AVIVA-Berlin: Concerning your theory: In “Frames of War” you tell us, that it is a problem, that not everyone is respected as a subject. Is it, these days, where most reflections on society, politics and human life passes by system theory, still possible to base a political theory on the ontologie of a subjectJudith Butler: I agree. We cannot base a politics on any ontology of the subject. We have to think about modes of social relationality that precede the formation of the subject, and we have to ask why it is that some creatures are produced as subjects, and others are not. So I am not in favour of a subject ontology. If we claim that rights of recognition should be equally distributed, then we are talking about that mode of power that produces and sustains subjects. But we are not talking about an ontology of the subject.
AVIVA-Berlin: In your theory what did you add to Hegel´s subject and his idea of “Anerkennung”? And why is Hegel´s theory still so important for your philosophy?Judith Butler: A fine question! I think it is important to realize that if and when recognition happens, it happens through established languages and norms, and that the claim to be recognized sometimes requires innovating new modes of language and new social conventions. This is why some persons and creatures are “recognizable” when others are not. I suppose I try to think about the unequal distribution of recognition, and in that way bring a theory of power to the concept of Hegelian recognition. But I also want to radicalize his notion that recognition is always mediated. He did not explain why some are recognizable, and others not. I know that some social theorists distinguish strongly between claims of recognition and claims of redistribution, but I want to suggest that the unequal distribution of recognisability is a politically urgent problem. Perhaps that what was finally at issue at the CSD. For me, the struggle for freedom is linked with the struggle for equality.
AVIVA-Berlin: Thank you very much for your time. It would be great to meet you next time in Berlin so that we can interview you face to face - we still have some more questions…
Read more at AVIVA-Berlin:
Judith Butler - Raster des Krieges. Warum wir nicht jedes Leid beklagen 
Judith Butler - Die Macht der Geschlechternormen und die Grenzen des Menschlichen und Krieg und Affekt
Copyright © 2010 AVIVA-Berlin.
[Photo: Judith Butler.]

Interview with Judith Butler | AVIVA-Berlin

By Undine Zimmer, Marie Heidingsfelder and Sharon Adler

September 7, 2010

"I must distance myself from this complicity with racism" - with these words, the famous philosopher and gender-theorist refused the "Civil Courage Prize" at the CSD in Berlin, June 2010.

Who doesn´t know Judith Butler, born 1956 in Cleveland, Ohio?
Since the publication of "Gender Trouble", she is internationally known for her theories, especially for her thesis of the performativity of gender. Her work contributes to feminism, queer theory and political philosophy, where she proves herself a vehement activist and denouncer of American war politics under George Bush. Especially in Germany, the reception her theories concerning gender was very controversial and caused a lively discussion in feminism. Her most recent work focuses on the struggle for equality against racism and agression, Jewish philosophy and criticisms of state violence. Because of her early departure from Berlin after the CSD, AVIVA-Berlin couldn´t talk to her face-to-face but we are very happy that she took the time to answer our emailed questions about racism and the CSD, her latest political statements, the challenge of modern feminism and the importance of her Jewish background!

CSD and Gender

AVIVA-Berlin: You refused the prize for civil courage at CSD in Berlin. Would you have accepted a prize for moral courage at the alternative CSD, that is taking place in Kreuzberg on June 26th?
Judith Butler: Yes, I suppose I would have! I am only sorry that I did not understand the political situation in Berlin earlier. I intended to take the prize when I arrived, and I was quite surprised by the number of groups and individuals throughout Europe who encouraged me not too.

AVIVA-Berlin: You criticised the hosts of Berlin CSD 2010 for losing sight of double discrimination, not distancing themselves from ´racist statements´ and making the whole event superficial. You have made these issues visible. Can you please tell us more about what exactly you are refering to?
Judith Butler: I never used the word “superficial.” I believe that this was attributed to me by someone who helped organize the CSD. The problem was not that the event was superficial, but that the CSD is linked with several groups and individuals who engage in a very strong anti-immigrant discourse, referring to people from north Africa, Turkey, and various Arab countries as less modern or more primitive. Although we can find homophobia in many places, including those of religious and racial minorities, we would be making a very serious error if we tried to fight homophobia by propagating stereotypical and debasing constructions of other minorities. My view is that the struggle against homophobia must be linked with the struggle against racism, and that subjugated minorities have to find ways of working in coalition. It was brought to my attention that the various groups that struggle against racism and homophobia are not part of the CSD list of affiliates.

AVIVA-Berlin: In their defense the hosts argued that you were on a tight schedule and might not have noticed all the activities against disrimination that took place during and before the parade. Where do you think the hosts might have officially shown more moral courage?
Judith Butler: I do not doubt that some people and some events at the CSD were designed to show an opposition to discrimination of various kinds. But many of the people in leadership roles, including Jan Feddersen and Rudolph Kampe, have been very strong in demonizing new immigrant communities, allying gay politics with anti-immigration politics, and refusing the racial and religious diversity of contemporary Europe. Some of these tactics are very problematic, including that of the group, Maneo. The CSD needs very much to refuse affiliation with groups that promote racism. It makes no sense to struggle to overcome the subjugation of one minority by increasing the subjugation of another. This is especially true when one realizes the importance of queer, trans, gay, lesbian, and bi people within minority migrant communities.

AVIVA-Berlin: Before you arrived in Berlin did you know that you would reject the prize?
Judith Butler: No, I was excited about coming, and very eager for the event. It came as a surprise to me that so many people in Berlin, in other cities in Germany, but also in Belgium, the UK, the Netherlands, France, and the US, contacted me to ask me not to accept the prize. I realized that there were political divisions in the Berlin community that need to be addressed more directly and productively by the CSD and other major gay and lesbian organizations.

AVIVA-Berlin: How could the CSD become more politcal? And what do you think about the fact that the CSD in Berlin is split up into two different events: the parade and the alternative CSD in Kreuzberg.
Judith Butler: I suppose I had assumed that some of the same people go to CSD Berlin and to CSD Kreuzberg. But what I had not considered was how many people refuse to go to CSD Berlin precisely because it has not taken a strong stand against racism and the targetting of new migrant communities. Perhaps the problem is not that CSD should become “more political” but rather which politics the CSD should pursue. If the mainstream gay movement continues to ally itself with European cultural norms of purity or if it does not openly affirm the equal rights of minorities, then it will remain in conflict with various activists who either emerge from minority communities or who are committed to anti-racism as part of their politics.

AVIVA-Berlin: What does Christopher Street Day mean to you personally?
Judith Butler: You know, Christopher Street is the place in New York where the famous Stonewall resistance happened a few decades ago. It is, for me, the name of a place where resistance to police violence and harassment takes place. I think it is important to enter the streets, to lay claim to public space, to overcome fear, to assert pride, and to exercise the right to take pleasure in ways that harm no one. All of these are key ideals. I like the pageantry and the joy. But if we ask about how to oppose violence during these times, we have to consider the way that new immigrant communities are subject to right-wing street violence, how they are subject to racial profiling and harassment by police, and we have to object to harassment and violence against all minorities. Indeed, the opposition to illegitimate state violence and various forms of cultural pathologization are crucial to the queer movement more generally. So if we fight for the rights of gay people to walk the street freely, we have to realize first that some significant number of those people are also in jeopardy because of anti-immigrant violence - this is what we call “double jeopardy” in English. Secondly, we have to consider that if we object to the illegitimate and subjugating use of violence against one community, we cannot condone it in relation to another! In this way, the queer movement has to be committed to social equality, and to pursuing freedom under conditions of social equality. This is very different from the new libertarianism that cares only for personal liberty, is dedicated to defending individualism, and often allies with police and state power, including new forms of nationalism, European purity, and militarism.

AVIVA-Berlin: Your philosophy is often classified as part of pop-culture. Actually, especially in Germany many people refer to your book “Gender Trouble” and link your name to the idea of freely “choosing” and “creating” gender although your theory is not euphoric and includes melancholy and political engagement against any form of discrimination. How do you feel being considered as a pop-icon?
Judith Butler: I am not sure I am a pop-icon. I don´t read those kinds of commentaries. But if the arguments of Gender Trouble have made their way into popular culture, then I am pleased. It seems to me that academic work only becomes part of a larger social movement by assuming a popular form. The misreadings are interesting to me, and perhaps say more about the social needs of one´s readers than the text itself. In any case, my effort has been to show that even though we are in some ways formed by social norms, we are not determined by them. We can struggle with them, through them, and against them. I presume that some people are drawn to the work because it tries to understand agency in the midst of social power.

AVIVA-Berlin: In a documentary for ARTE -TV you said that becoming aware of being a lesbian made you feel unsettled, you were afraid of the pathologisation, the image of lesbians and social exclusion. Do you think today, 40 years later, that coming out and living openly in a non hetero-normative way is easier?
Judith Butler: Yes, it is easier, and I am always pleased and surprised by that discovery. But for those of us who had no social movement when we came out as adolescents, we doubtless still carry scars from that period of life. I am still haunted, even though I could not be more “out.”

AVIVA-Berlin: According to your philosophy identity, not only concerning gender, is always vulnerable and never stable. For many people, this idea isn´t comprehensible, awkward or frightening - how do you react to this point of view?
Judith Butler: Maybe there are various viewpoints that are at issue here. It is true that many people want the stability of “identity” categories, they want to know what gender they are or what sexual orientation they have. And they want that to be a stable and enduring part of their lives. I can certainly understand this. But others want to know that they can have certain relations, and even change over time, and they are not always able to say with certainty that they belong to one category or another. Whereas for some stability and belonging is a precondition of living well, for others that very stability and belonging feels like a trap, a prison, or even the end of a sense of being alive. So perhaps this is a complex terrain. Moreover, the categories that are available to us are also changing, they are historical, and so we may think that we identify with one gender only to find that we are not generally recognized as belonging to that gender. Or we may find that we have to enter a social struggle for recognition. At other times, living without explicit recognition can be a form of freedom. So perhaps we need to develop a capacious way of understanding the complexity of gendered and sexual life.

As for vulnerability: it seems clear to me that in being named “a boy” or “a girl” we are vulnerable to the language that others use to describe us. We are brought into the world by being named by others, and that primary vulnerability is there, before we have any power to name ourselves. Do we ever escape the social interpellations of others? Do we ever escape the social imprint? Or do we struggle with and against that legacy we never chose?

AVIVA-Berlin: In opposition to other feminists, you don´t only talk about the vulnerability of women as victims, but emphasise the possibility to act. What does that mean for modern feminism?
Judith Butler: Perhaps contemporary feminism is divided on the question of whether political actions can and should take place outside the context of the state or whether they require state and legal institutions to compel social change. I think my early work focused on the cultural acts and practices that institute and change gender, but I also worried then, as I worry now, about allying with forms of state power that might end up defining women in ways that might turn out to be very restrictive. This is, of course, one problem with victim discourse. On the one hand, we need to be able to describe very clearly how and when people are victimized, but if someone then becomes defined as a victim, how can that person act? The definition of the person as victim, once institutionalized by law, can keep us from being able to understand forms of resistance, struggle, and agency. Feminism has to describe and oppose modes of gender violence, but it also has to show how women resist, fight, and transform their worlds. We have to do both, and ask whether the strategies we pursue enhance our agency or not.

Jewish Life/Roots

AVIVA-Berlin: You grew up in a practising Jewish family and had a private tutorial with your Rabbi when you were 14. Did you have your Bat Mitzvah and what does Jewish identity mean to you today?
Judith Butler: At the time, my synagogue did not give girls the chance to have a Bat Mitzvah. I suppose I would have pursued it if I could. As it was, I attended courses at one of the local synagogues, discussed Jewish ethics, the history of the Nazi genocide against the Jews and other minorities, read Jewish philosophy, and found myself very interested in the traditions of existential theology.

AVIVA-Berlin: How does being Jewish influence your everyday life, your work at the university, your use of language and your life as a feminist, as a queer activist, a lesbian and political philosopher? Or does it play a role at all?
Judith Butler: I am sure it plays a major role, but I may not be able to know all the ways that it affects me. It certainly affects my sense of humour and my sense of irony! But also, it seems to me that certain practices of close reading emerge from traditions of biblical commentary within Judaism, and that I am very sceptical of efforts to define or portray any notion of the divine. I am probably an agnostic on religious matters, but I do sometimes still attend the synagogue, and the music and singing is profound and moving to me.

Recently I have been trying to understand those resources within Jewish philosophy, understood generally, for thinking about the critique of state violence, the ideals of co-habitation, the ethical relation to the non-Jew, and the problem of memory and restitution. I am also interested in debates about Zionism that were very much a part of Jewish life both before and after World War II. Hannah Arendt has proven to be especially important to me, especially her efforts to establish a federal authority for Palestine and her objections to all forms of nationalism, including Jewish nationalism.

AVIVA-Berlin: How do you feel about the accusation that you have perhaps taken an anti-Semitic position concerning your statement about the Hamas and the Hezbollah as progressive social movements? (On: http://radicalarchives.org/2010/03/28/jbutler-on-hamas-hezbollah-israel-lobby/) Does that bother you more as a philosopher or on a personal level?
Judith Butler: Unfortunately, that clip was cut short and did not include all of my response. What I actually said was that although groups like Hamas and Hezbollah should be described as left movements, that like all left movements, one has to choose which ones one supports and which ones one refuses. They are “left” in the sense that they oppose colonialism and imperialism, but their tactics are not ones that I would ever condone. I have never supported either group, and my very public affiliation with a politics of non-violence would make it impossible for me to support them. The editing of my response was obviously an effort to distort my view, and I am very sorry that the distortion has been able to circulate as it has. Thank you for giving me the chance to clarify what I actually said and what I have always thought.

AVIVA-Berlin: Does Jewish ethic and tradition influence your philosophy and your comprehension of human life?
Judith Butler: Yes, life is transient, and so must be safeguarded by all means.

Questions concerning “Frames of war”:

AVIVA-Berlin: What exactly is the challenge of non-violence and what does the acceptance of one´s own vulnerability imply?
Judith Butler: Vulnerability is never mine alone. If I seek, through acting violently, to establish my own impermeability, I inevitably fail. No human can successfully overcome vulnerability, even though that might be a guiding fantasy - indeed, it is a guiding fantasy for many forms of nationalism and militarism. In my view, shared vulnerability establishes a perspective from which to criticize the impossible and destructive fantasies that structure some nationalist forms of militarism.

AVIVA-Berlin: In an interview with Jill Stauffer you said that getting to know “the other” is connected to the challenge of reacting non-violently. But to what extent is it possible to understand the other? Is it important to admit a certain “opacity”?
Judith Butler: Yes, we have to move away from the idea of “knowing” as mastery. Perhaps there is a way to think about “acknowledging” the vulnerability of the other, the equal rights of the other, and to pursue the question, “who are you?”. The question is a direct address, a way of entering into relation, but it is not the same as trying to possess the other through knowledge or relegating the “Other” to some permanent site of unknowability.

AVIVA-Berlin: How important are media in this context? How could they communicate the ability to non-violent reactions?
Judith Butler: I think that journalism and media has a very profound responsibility to represent wars in a way that help people think about why there is war, what destruction it causes, and what alternatives are available. This means that the framing has to work against nationalism, racism, and sensationalism.

AVIVA-Berlin: How can we deal with agressive feelings, without becoming violent and does that mean that we can act destructively, without hurting others?
Judith Butler: There are many songs and dances that engage aggression, and certainly many sports as well. There is vigorous debate and open conflict over political views, and even ways of participating in martial arts. There are many ways of crafting aggression, both through speech and other modes of expression, that do no harm.

AVIVA-Berlin: Do you have any suggestions about how, for example, the Hamas or fundamentalist Islamic groups as well as the politics of Israel could deal with their agressions in a queer, non-violent way? How could queer politics be added to the conflict?
Judith Butler: Well, there is now a significant set of queer groups in Israel actively involved in promoting Palestinan justice as well as “anarchists against the wall”. And there are queer groups in the West Bank (Aswat) and in Beirut, for instance, that are trying to criticize the forms of “homonationalism” I discussed above. It is unfortunate that these positions are not well enough known.

AVIVA-Berlin: Concerning your theory: In “Frames of War” you tell us, that it is a problem, that not everyone is respected as a subject. Is it, these days, where most reflections on society, politics and human life passes by system theory, still possible to base a political theory on the ontologie of a subject
Judith Butler: I agree. We cannot base a politics on any ontology of the subject. We have to think about modes of social relationality that precede the formation of the subject, and we have to ask why it is that some creatures are produced as subjects, and others are not. So I am not in favour of a subject ontology. If we claim that rights of recognition should be equally distributed, then we are talking about that mode of power that produces and sustains subjects. But we are not talking about an ontology of the subject.

AVIVA-Berlin: In your theory what did you add to Hegel´s subject and his idea of “Anerkennung”? And why is Hegel´s theory still so important for your philosophy?
Judith Butler: A fine question! I think it is important to realize that if and when recognition happens, it happens through established languages and norms, and that the claim to be recognized sometimes requires innovating new modes of language and new social conventions. This is why some persons and creatures are “recognizable” when others are not. I suppose I try to think about the unequal distribution of recognition, and in that way bring a theory of power to the concept of Hegelian recognition. But I also want to radicalize his notion that recognition is always mediated. He did not explain why some are recognizable, and others not. I know that some social theorists distinguish strongly between claims of recognition and claims of redistribution, but I want to suggest that the unequal distribution of recognisability is a politically urgent problem. Perhaps that what was finally at issue at the CSD. For me, the struggle for freedom is linked with the struggle for equality.

AVIVA-Berlin: Thank you very much for your time. It would be great to meet you next time in Berlin so that we can interview you face to face - we still have some more questions…

Read more at AVIVA-Berlin:

Judith Butler - Raster des Krieges. Warum wir nicht jedes Leid beklagen

Judith Butler - Die Macht der Geschlechternormen und die Grenzen des Menschlichen und Krieg und Affekt

Copyright © 2010 AVIVA-Berlin.

[Photo: Judith Butler.]

February 2, 2013
"[La police] est républicaine, mais l’ordre républicain qu’elle assure est un ordre capitaliste, raciste et patriarcal."

Mathieu Rigouste

(Source: article11.info)

February 2, 2013
Lilian Thuram / Mehdi Belhaj Kacem. Frères d’âmes | Philomag.com
17 janvier 2013
Le pilier de l’équipe de France de football championne du monde 1998 rencontre un philosophe franco-tunisien passionné de ballon rond, autant que de Marx et de Nietzsche. Au-delà d’un partage d’expérience, ils élaborent une tactique intellectuelle pour lutter contre les spectres du racisme et du communautarisme.
L’un est l’intello du football, celui qui a propulsé avec une surprenante sérénité l’équipe des Zidane, Deschamps et Djorkaeff en finale de la Coupe du monde 1998 et qui aujourd’hui lit Platon et Lao-tseu, écrit des livres, anime une fondation de lutte contre le racisme qui porte son nom et monte des expositions au musée du Quai-Branly sur l’histoire de l’esclavage. L’autre est le plus grand connaisseur du ballon rond parmi les philosophes, un fan de la Juventus de Turin et de Platini, qui ferraille dans ses essais contre le retour du nihilisme, mais voit dans le football la religion d’après la mort de Dieu, la dernière œuvre d’art totale au sens de Wagner. L’un a découvert le racisme personnellement à 9 ans lorsqu’il a débarqué de sa Guadeloupe natale en métropole avec sa mère, venue faire des ménages. L’autre, élevé en Tunisie, dans l’arabe et le Coran, a fait à 13 ans le choix de la France, de la langue et de la philosophie française, avant de découvrir que le racisme le plus pernicieux sévissait dans les hautes sphères intellectuelles. Ils appartiennent à la même génération, celle dont la conscience politique s’est formée entre la chute du mur de Berlin et le 11-Septembre et qui a vu, quatre ans après que l’équipe « black, blanc, beur » a rallumé l’idéal de la fraternité issu de la Révolution de 1789, la France placer au second tour de l’élection présidentielle un certain Jean-Marie Le Pen. Bref, ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. Ce qu’on n’imaginait pas cependant, c’est que leur dialogue débouche, au-delà d’un partage d’expérience, sur une réflexion des plus percutantes à propos des deux grands spectres qui hantent notre temps, le racisme et le communautarisme. Face aux discriminations en tous genres qui les visent, les « minorités visibles » sont tentées par le repli communautaire. Face aux accusations répétées de xénophobie, les Français « de souche », comme on les appelle, sont tentés par la réaffirmation de leur identité nationale. Ce sont deux pièges qui se soutiennent l’un l’autre, affirment avec vigueur Lilian Thuram et Mehdi Belhaj Kacem. Seules l’intelligence de l’histoire et la confiance réitérée dans les destins individuels peuvent nous faire échapper à ce duel mortifère. Voilà une belle leçon !
Mehdi Belhaj Kacem : Laissez-moi vous dire en deux mots, Lilian Thuram, pourquoi j’ai un réel plaisir à vous rencontrer aujourd’hui. Avant d’être écrivain et philosophe, j’ai d’abord été et je reste un fan absolu de football. Mon club de cœur a toujours été la Juventus de Turin où vous avez évolué, de 2001 à 2006, au moment où elle était à son meilleur niveau depuis l’époque de Platini. On se souvient tous de votre but en demi-finale de la Coupe du monde 1998 à la 70e minute du match contre la Croatie et de la manière dont vous l’avez fêté sur le terrain : assis sur les genoux, le visage posé sur la main, impassible, tel un penseur en pleine méditation. Vous exprimiez ainsi votre propre étonnement de marquer un but décisif, vous le défenseur qui n’en inscriviez jamais. Mais ce geste était en réalité un lapsus. Vous êtes l’intello du football. Avant même d’écrire des livres et de vous engager dans la lutte contre le racisme, vous aviez déjà sur le terrain des positions plus intelligentes que les autres, un charisme et une autorité qui tranchaient. En Italie, où le racisme des stades fait des ravages, cela vous a d’ailleurs permis de vous imposer. Quand vous avez pris votre retraite, L’Équipe a titré en Une : « Monsieur Thuram », et cela traduisait un affect que beaucoup ressentent, moi le premier, face à vous : le respect. Voilà ce qui me plaît, Lilian Thuram, vous êtes quelqu’un qui impose le respect !
Lilian Thuram : Vous voulez me faire pleurer, c’est cela ? [Rires]
M. B. K. : C’était un peu le but… Non, plus sérieusement, je suis frappé par la continuité de votre positionnement. Comme joueur autant que comme citoyen, sur le terrain comme dans l’espace public, votre responsabilité semble mise en jeu. Mais de façon naturelle.
L. T. : C’est l’histoire d’une vie. Je suis né aux Antilles. Et je me suis toujours considéré comme pleinement français. Ce n’est que lorsque je suis arrivé dans la région parisienne, à 9 ans, que ma couleur de peau est devenue un problème. Je suis devenu noir à 9 ans, dans le regard des autres. Il y avait à l’époque un dessin animé avec deux vaches, une noire, très stupide, et une blanche, intelligente. Certains de mes camarades m’appelaient « la noiraude ». Ma mère à qui je demandais pourquoi ma couleur de peau était chargée si négativement ne parvenait pas à me répondre. Elle y voyait une fatalité. Heureusement, j’ai rencontré des personnes qui m’ont expliqué la construction politique et économique du racisme. Cela m’a permis de comprendre ma propre histoire. Aujourd’hui je vais dans les écoles, j’essaie de mettre ma notoriété au service de l’éducation. Mais je tente surtout, de façon plus égoïste, de parfaire ma propre éducation. Je suis d’ailleurs curieux de savoir comment la question de l’identité s’est posée pour vous qui êtes un philosophe d’origine tunisienne…
M. B. K. : La question s’est posée différemment. Je ne suis pas immédiatement identifiable. Issu d’une famille arabe assez blanche, j’ai les yeux bleus, je suis un intellectuel… Je ne ressemble pas au portrait-robot du beur. Cela, alors même qu’au fond je suis plus arabe que beaucoup de ceux qui sont identifiés comme tel. Je suis né en Tunisie, de père tunisien et de mère française, j’y ai vécu et grandi, j’ai appris l’arabe et le Coran à l’école. Si, même parmi les miens, je ne suis pas identifié en tant qu’arabe, cela tient à un racisme à l’envers, qui a été intégré par tous : pour être considéré comme arabe, il faut avoir les manières d’un beur, il faut surjouer les signes de la différence. Un comique comme Jamel a rencontré le succès sur cette pernicieuse équivoque. Cela dit, j’ai bien été confronté, moi aussi, au racisme quand je suis arrivé en France. Mais un racisme ironique, de second degré. « Alors, comment ça va, sale arabe ? » me disait-on en guise de plaisanterie quand j’avais 13 ans – c’était mon plus proche camarade de classe qui me posait cette question tous les matins. Avec l’âge, l’ironie a pris quelques détours, surtout dans les milieux intellectuels. Je me souviens d’un écrivain qui prenait mille précautions pour critiquer la prose « nerveuse » d’un Arabe furieux qui avait traversé la Méditerranée à la nage… Nous baignons dans une culture de l’ironie obligatoire. Or comme toujours avec l’ironie, le faire semblant finit par devenir vrai. À force de faire semblant d’être raciste, on finit par l’être vraiment ! J’imagine que vous aussi vous avez dû être confronté à ce racisme ironique.
L. T. : Bien entendu. Sauf que si quelqu’un me dit, même à la blague, « retourne chez toi ! », cela ne me pose pas de problème. Je suis né aux Antilles. Je n’ai pas les problèmes identitaires de ceux qui ne sont pas reconnus comme français. Cela dit l’humour est très révélateur. Un jour, mon fils m’a raconté une blague qui circulait dans son école et qu’il trouvait très drôle : « Vincent, Éric, Mamadou et Patrick sont en CM2. Qui a le plus grand sexe ? C’est Mamadou. Pourquoi ? Parce qu’il a 15 ans. » C’est une très mauvaise blague qui reconduit les vieux préjugés sur la supposée bêtise des personnes noires. Pour en faire comprendre la portée à mon fils, je lui ai rappelé sa propre histoire : « Marcus, tu te souviens qu’un jour un de tes copains t’a dit que les mathématiques étaient plus dures pour toi. Pourquoi ? » « Oui, m’a-t-il dit, parce que j’étais noir. » La blague de Mamadou revenait exactement à ce qu’il avait vécu. Quand il l’a comprise, elle ne l’a plus fait rire. Sous les blagues, il y a un inconscient collectif très vif. Voilà ce qu’il faut questionner.
M. B. K. : Il y a eu des progrès historiques indubitables sur ces questions dans les pays démocratiques. Mais ce qui a été dépassé et donc refoulé persiste sous le mode de l’humour. C’est le seul moyen de faire passer de façon acceptable ces préjugés, à part si l’on appartient au Front national et qu’on a le courage de ses « opinions ». Chez les intellectuels, cela prend des formes plus pernicieuses encore.
L. T. : Il est compréhensible que ces blagues existent, même sous un vernis de sophistication. Et il ne s’agit pas de culpabiliser les gens qui les transmettent, mais de prendre une photographie de la société qui permette de comprendre d’où cela vient. L’idée de positionner les personnes de couleur différente sur le même plan d’égalité est une nouveauté toute récente à l’échelle de l’histoire. On ne sort pas du jour au lendemain de cette idéologie qui plaçait les hommes blancs en haut de l’échelle et les non-Blancs en bas. Un jour, entrant dans un bar, le responsable s’adresse à moi : « Monsieur Thuram il y a un homme de couleur qui vous cherchait. — Ah bon ? Un homme de couleur ? Mais il est de quelle couleur ? vert ? jaune ? bleu ? » Il m’a regardé et il est parti sans comprendre. Mais nous avons tous été élevés dans cette idée que le Blanc était homme et les non-Blancs de couleur…
M. B. K. : Être noir, n’est-ce pas tout de même une identité ? D’un côté, bien entendu, la couleur est un masque et les races n’existent pas, c’est une évidence. Mais d’un autre, vous luttez, et vous avez raison, pour la reconnaissance de la mémoire de l’esclavage et vous avez publié un très beau livre, Mes étoiles noires, qui entend faire reconnaître la participation des Noirs à l’histoire de l’humanité. La couleur noire est à la fois une construction culturelle à déconstruire et une identité que l’on peut revendiquer avec fierté. Mais il n’est pas toujours facile d’évoluer entre ces deux plans.
L. T. : Je ne parle pas pour faire reconnaître les grandeurs et misères de l’histoire noire, car l’histoire noire comme l’histoire blanche n’existe pas. Je lutte pour qu’on prenne conscience que l’on ne naît pas raciste et qu’on peut le devenir, car le racisme est avant tout culturel. Pour la majorité des personnes, l’histoire des populations noires commence par l’esclavage. Est-ce alors étonnant dans ce contexte que certains mettent encore en doute leurs capacités intellectuelles ?
M. B. K. : Cela rejoint un geste très répandu dans la philosophie contemporaine qui consiste à faire l’archéologie de notre savoir. Pour des philosophes tels que Nietzsche ou Foucault, il ne s’agit pas de se plonger de manière nostalgique dans un passé révolu mais de remonter le cours du temps pour comprendre notre propre présent.
L. T. : Pourquoi ai-je écrit Mes étoiles noires  ? Je voulais qu’à la question « pouvez-vous citer un scientifique noir, un explorateur noir, un pharaon noir ? », tout un chacun puisse donner une réponse. Car la meilleure façon de lutter contre le racisme et l’intolérance, c’est d’enrichir nos connaissances et nos imaginaires. Je n’avais moi-même admiré à l’école que des étoiles blanches. On décrypte souvent ce qui se passe dans la tête des racistes. On se demande moins souvent ce qui se passe dans la tête d’un petit garçon noir qui grandit dans une société qui ne lui renvoie que trop de messages infériorisants et aucun repère intellectuel qui lui ressemble. N’y a-t-il pas là une grande violence ? Peut-il développer le sentiment le plus important pour un être humain, l’estime de soi ?
M. B. K. : Cette position archéologique est d’autant plus légitime de votre part que vous n’avez jamais « joué au black ». J’insiste, mais il y a une tendance très dangereuse qui consiste à intégrer le racisme en renvoyant à l’ennemi l’image qu’il demande qu’on lui renvoie.
L. T. : Historiquement, seuls ceux qui ont fait ce que l’on attendait d’eux ont été plus facilement acceptés. Dans le spectacle, par exemple, seuls les artistes de couleur noire qui renforçaient les stigmates furent reconnus plus rapidement : c’est Joséphine Baker qui danse nue avec des bananes autour de la taille ou le clown Chocolat [1868-1917, artiste noir français originaire de Cuba] qui se laisse frapper en silence sur scène. Je m’intéresse beaucoup à la société antillaise pour comprendre ma propre famille. Alors qu’elle aurait dû rejeter cette classification par la couleur de peau, elle l’a en réalité intégrée. Pour la génération de ma mère, par exemple, mieux valait se marier avec un homme à la peau claire pour que l’enfant ait la peau « chapée », échappée du noir. Tout cela inconsciemment pour se rapprocher de la soi-disant perfection, l’homme blanc.
M. B. K. : Sartre disait que « c’est l’antisémite qui fait le Juif ». Diriez-vous que c’est le raciste qui fait le Noir ?
L. T. : Bien sûr. C’est l’homme blanc qui a construit l’infériorité de l’homme noir. C’est l’homme qui a construit l’infériorité de la femme.
M. B. K. : Il y a une lettre de Marx à Engels où il s’interroge sur l’origine de la lutte des classes. D’où cela nous est-il venu, se demande-t-il ? En y réfléchissant, il découvre que c’est dans la lutte des races qu’ils ont trouvé cette idée. En décortiquant la lutte des races telle que la voyaient les racistes, ils ont trouvé le phénomène social fondamental de la lutte des classes. Sous le masque de la couleur, le social à l’état pur…
L. T. : Il est vrai que les plus pauvres sont toujours les plus stigmatisés, peu importe leur couleur de peau, mais on ne peut pas réduire la problématique liée à la couleur de la peau à un enjeu purement social. Car il y a là quelque chose d’irréductible. Et on ne sort pas intact de siècles de hiérarchisation selon la couleur. Dès lors qu’il y a discriminations, il y a des bénéficiaires. En prendre conscience, pour eux, c’est se préparer à perdre ces avantages. Mais qui veut perdre son avantage ? Souvent, quand je parle de ces questions avec les enfants, je commence par leur demander : « Alors, c’est vrai les enfants, vous êtes donc tous pour que les choses changent et qu’il y ait moins de discrimination et plus de justice. — Oui, oui, répondent-ils tous en chœur. — Bon, alors les garçons, regardons la réalité en face. Nous sommes des hommes, de futurs ministres, patrons, chercheurs, etc. Pour que les choses changent, la moitié va devoir laisser la place aux filles. Vous êtes toujours d’accord pour que les choses changent ? » Tout d’un coup, ils tirent une drôle de tête. Voilà pourquoi c’est si compliqué l’égalité.
M. B. K. : Dans le football, vous avez évolué en Italie, à Parme et à Turin, où le racisme est peut-être le plus virulent. Comment avez-vous vécu cela ?
L. T. : Dans certains stades, chaque fois qu’un joueur de couleur noire touchait la balle, certains spectateurs entonnaient des cris de singe. Mais je n’en souffrais pas. Je n’étais pas en colère.
M. B. K. : Vous n’étiez  pas en colère ou vous aviez appris à bloquer vos émotions ?
L. T. : Non, je ne bloquais pas. La colère survient quand on ne comprend pas ce qui est en train de se passer. Or pourquoi font-ils le bruit du singe et pas celui du chien. Parce que, pendant des siècles, on a imaginé que les personnes noires étaient le chaînon manquant entre homme et singe. Cela s’apprenait à l’école, dans les livres. Il est donc compréhensible qu’il y ait encore aujourd’hui des personnes blanches qui se sentent supérieures, comme il y a des hommes qui se sentent encore supérieurs aux femmes. Tout cela est culturel.
M. B. K. : Le coup de boule de Zidane en finale de la Coupe du monde 2006, vous le comprenez aussi ? Que pensez-vous de ceux qui soutiennent que l’héroïsation de cet acte a eu une influence négative sur la nouvelle génération arrivée depuis en équipe de France ?
L. T. : Je peux comprendre car chacun de nous peut être dépassé par ses émotions, mais ce qui est sûr c’est qu’il n’aurait pas dû le faire. Cependant, dire que le coup de tête de Zidane est responsable de tous les déboires de l’équipe de France est surréaliste.
M. B. K. : Serge Daney [1944-1992], le penseur du cinéma, a écrit qu’il y a un vrai problème pour la communauté arabe de France de renvoyer aux autres Français l’image raciste qu’ils s’en font. On se présente toujours en groupe. C’est la culture banlieue. On ne dit jamais « moi, je », « je suis né là », « j’ai grandi là », « j’ai fait cela ». On dit toujours « nous ». C’est a contrario ce que j’ai particulièrement apprécié dans Mes étoiles noires, qui est une suite de destins individuels, singuliers. Cela n’efface pas la question de la communauté. Mais l’affirmation de l’individu est essentielle pour échapper au piège communautaire. C’est comme cela que la révolution en Tunisie a commencé en 2010. Il a fallu que des individus se lèvent en nom propre et disent : « Moi, j’en ai marre de Ben Ali. » Si, aujourd’hui, les islamistes trouvent la force de revenir, c’est parce que les archaïsmes communautaires ont de nouveau pris le dessus. Personne n’ose plus aller parler en son nom propre sur la place publique.
L. T. : Un jour, à l’université de Bruxelles, un jeune garçon m’avait interpellé ainsi : « Monsieur Thuram, merci pour tout ce que vous faites pour le peuple noir. » Je lui ai répondu : « Jeune homme, le peuple noir n’existe pas. Vous êtes en train d’intégrer le discours qu’on vous renvoie. Vous ne pouvez pas fondre dans un seul et même collectif Nelson Mandela et Mobutu. À moins de vous fonder sur le seul critère de la peau, qui est raciste. » Il était très perturbé. Il m’a suivi jusqu’à la gare. Je lui ai dit : « Mais alors, vous croyez aussi qu’il y a un peuple blanc ? » Il était déboussolé. Il y a quelques années, un magazine français a fait un numéro spécial avec des intellectuels noirs intitulé : « La pensée noire ». Imagine-t-on un seul instant un magazine traitant de « la pensée blanche » ? Pourquoi s’étonner alors que les jeunes finissent par fonctionner sur la base des réflexes collectifs dans lesquels on les a préalablement enfermés ?
M. B. K. : Il n’y aura pas d’émancipation des « minorités dites visibles » s’il n’y a pas une assomption du destin individuelle.
L. T. : Le problème est de savoir qui peut casser ces modèles ?
M. B. K. : Seuls les principaux concernés peuvent le faire. C’est pour cela que j’en veux aux très nombreuses personnalités issues des « minorités visibles », les comiques notamment, qui surjouent leur identité collective au lieu de s’affirmer individuellement. Cette attitude est magnétique. Elle confirme les individus dans leur place assignée. On a retrouvé cela au moment des émeutes en banlieue, en 2005. Des intellectuels comme Alain Finkielkraut se sont alors crus autorisés à ramener ces événements à des comportements identitaires qui seraient le fait exclusif des Noirs et des Arabes. J’ai écrit mon livre La Psychose française [Gallimard, 2006] en réaction à ces discours délirants.
L. T. : Je me suis senti extrêmement blessé par les paroles de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, traitant les jeunes de banlieue de « racailles que l’on va nettoyer au Kärcher ». Je me suis retrouvé dans la situation qui était la mienne lorsque j’étais enfant et que j’étais confronté à des préjugés négatifs du fait du lieu où j’habitais. Pour moi, les politiques sont des éducateurs. Leur parole conditionne la société. Ils sont donc tenus de livrer une parole intelligente qui permette de dépasser et non pas de renforcer les préjugés. Venant d’en haut, ce type de parole ne peut que susciter de la violence de la part de ceux qu’elle blesse. Elle est d’ailleurs formulée dans cet objectif.
M. B. K. : En regard, l’idée de fraternité que vous avez incarnée à travers l’équipe de France « black, blanc, beur » fournissait un pôle d’identification positive. On a même pu voir en vous le grand frère auquel on peut s’identifier parce qu’il n’incarne pas un pôle d’autorité…
L. T. : Je me demande s’il ne faudrait pas bannir cette idée de « grand frère ». Pourquoi certaines personnes auraient-elles besoin de « grands frères » ? Quand on en parle, c’est toujours avec une certaine condescendance, en stigmatisant et en infantilisant les personnes concernées. Ce n’est pas aux jeunes de Neuilly ou d’ailleurs qu’on pense. Mais sur le fond, vous avez raison, ce qui manque à ces jeunes – et moins jeunes –, ce sont des modèles d’identification dans tous les domaines qui pourraient leur suggérer une chose toute simple : pour moi aussi tout est possible.
M. B. K. : Soit. Mais vous m’accorderez que l’équipe de France a fourni un pôle d’identification qui s’est ensuite perdu. Du fait du comportement de certains joueurs. Mais aussi du fait des polémiques autour des quotas, par exemple. Il était pour le moins surprenant de voir Laurent Blanc, l’ex-défenseur de l’équipe championne du monde devenu sélectionneur national, soutenir cette idée. Il faut dire qu’il a un nom prédestiné…
L. T. : J’ai dénoncé avec vigueur cette affaire qui ne pose pas seulement un problème éthique, mais d’abord politique. On nous dit qu’on envisage sereinement de prendre un nombre limité de jeunes enfants français d’origine africaine parce que ce seraient eux qui créeraient des problèmes. Mais ces jeunes enfants, vous savez à quel âge ils quittent leur famille pour les centres de formation ? À 13 ans. C’est bien sûr plus facile de les accuser que d’interroger l’éducation qu’ils reçoivent dans les centres de formation… Le football, deuxième lieu d’éducation après l’Éducation nationale, a pourtant une capacité extraordinaire de tisser du lien. C’est là-dessus qu’il faudrait miser.
M. B. K. : On l’a complètement oublié, mais les Grecs considéraient les jeux Olympiques, et donc le sport, comme la forme supérieure de l’art. Or, quelle est la fonction oubliée et pourtant première de l’art ? C’est une fonction politique, celle de créer du lien. La soci-été grecque était essentiellement participative, dans la politique évidemment, mais dans tous les autres domaines de la vie aussi. Tous les arts étaient participatifs. Même les poètes solitaires qui travaillaient dans leur coin poursuivaient une tâche d’expression collective. Aujourd’hui, il faudrait rappeler au sport sa fonction d’art politique, faire un travail archéologique et pédagogique à destination des sportifs eux-mêmes. La fonction du sport est cathartique. C’est une épuration des passions, une canalisation de l’agressivité qui ailleurs se transformerait en violence guerrière. Le terrain se substitue au champ de bataille pour mettre en scène la violence. Tout cela s’est effacé au moment du triomphe du christianisme : le sport cesse alors d’être un spectacle artistique de masse. L’art chrétien est contemplatif : c’est la messe, la peinture et la musique. Il faudra attendre l’époque de la Révolution française pour retrouver cette dimension perdue. Avec l’éclipse du monothéisme, il y a une exigence que l’art redevienne un art participatif. Le retour historique du sport comme spectacle est le produit de la mort de Dieu. Marx disait que la religion, c’est l’opium du peuple. Moi, je soutiens que le sport, c’est l’opium des peuples sans dieu. Je ne le dis pas négativement, parce que toute religion est un mélange de politique et d’art. Aujourd’hui, la seule œuvre d’art totale, au sens de Wagner, c’est le football. Il offre aux nations un reflet de leur esprit. Chaque équipe raconte, en miroir, aux nations ce qu’elles sont, ce qu’elles deviennent. Mais c’est surtout une œuvre d’art centrée sur l’idée de jeu qui est une idée très philosophique. Le jeu est expression de notre liberté, de notre détachement par rapport au réel. L’homme, disait l’historien néerlandais Johan Huizinga [1872-1945], se définit comme « Homo ludens ».
L. T. : Il y a deux dimensions du foot que l’on confond trop souvent : ce qui se passe sur le terrain, pour les enfants comme pour les adultes, est une métaphore de la vie – se surpasser, faire don de soi en vue d’un objectif commun, écrire son histoire personnelle en ayant l’intelligence de la tramer dans celle des autres… – et ce qui vient du système capitaliste qui nous gouverne : l’argent, l’égoïsme, l’exaltation du plus fort pour ancrer au plus profond des esprits que la vie est avant tout compétition et non entraide. 
Propos recueillis par Alexandre Lacroix et Martin Legros
Copyright © 2013 Philo Éditions.
[Photo : Lilian Thuram et Mehdi Belhaj Kacem. (© Pierre-Emmanuel Rastoin pour Philomag.com - Philosophie Magazine)]

Lilian Thuram / Mehdi Belhaj Kacem. Frères d’âmes | Philomag.com

17 janvier 2013

Le pilier de l’équipe de France de football championne du monde 1998 rencontre un philosophe franco-tunisien passionné de ballon rond, autant que de Marx et de Nietzsche. Au-delà d’un partage d’expérience, ils élaborent une tactique intellectuelle pour lutter contre les spectres du racisme et du communautarisme.

L’un est l’intello du football, celui qui a propulsé avec une surprenante sérénité l’équipe des Zidane, Deschamps et Djorkaeff en finale de la Coupe du monde 1998 et qui aujourd’hui lit Platon et Lao-tseu, écrit des livres, anime une fondation de lutte contre le racisme qui porte son nom et monte des expositions au musée du Quai-Branly sur l’histoire de l’esclavage. L’autre est le plus grand connaisseur du ballon rond parmi les philosophes, un fan de la Juventus de Turin et de Platini, qui ferraille dans ses essais contre le retour du nihilisme, mais voit dans le football la religion d’après la mort de Dieu, la dernière œuvre d’art totale au sens de Wagner. L’un a découvert le racisme personnellement à 9 ans lorsqu’il a débarqué de sa Guadeloupe natale en métropole avec sa mère, venue faire des ménages. L’autre, élevé en Tunisie, dans l’arabe et le Coran, a fait à 13 ans le choix de la France, de la langue et de la philosophie française, avant de découvrir que le racisme le plus pernicieux sévissait dans les hautes sphères intellectuelles. Ils appartiennent à la même génération, celle dont la conscience politique s’est formée entre la chute du mur de Berlin et le 11-Septembre et qui a vu, quatre ans après que l’équipe « black, blanc, beur » a rallumé l’idéal de la fraternité issu de la Révolution de 1789, la France placer au second tour de l’élection présidentielle un certain Jean-Marie Le Pen. Bref, ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. Ce qu’on n’imaginait pas cependant, c’est que leur dialogue débouche, au-delà d’un partage d’expérience, sur une réflexion des plus percutantes à propos des deux grands spectres qui hantent notre temps, le racisme et le communautarisme. Face aux discriminations en tous genres qui les visent, les « minorités visibles » sont tentées par le repli communautaire. Face aux accusations répétées de xénophobie, les Français « de souche », comme on les appelle, sont tentés par la réaffirmation de leur identité nationale. Ce sont deux pièges qui se soutiennent l’un l’autre, affirment avec vigueur Lilian Thuram et Mehdi Belhaj Kacem. Seules l’intelligence de l’histoire et la confiance réitérée dans les destins individuels peuvent nous faire échapper à ce duel mortifère. Voilà une belle leçon !

Mehdi Belhaj Kacem : Laissez-moi vous dire en deux mots, Lilian Thuram, pourquoi j’ai un réel plaisir à vous rencontrer aujourd’hui. Avant d’être écrivain et philosophe, j’ai d’abord été et je reste un fan absolu de football. Mon club de cœur a toujours été la Juventus de Turin où vous avez évolué, de 2001 à 2006, au moment où elle était à son meilleur niveau depuis l’époque de Platini. On se souvient tous de votre but en demi-finale de la Coupe du monde 1998 à la 70e minute du match contre la Croatie et de la manière dont vous l’avez fêté sur le terrain : assis sur les genoux, le visage posé sur la main, impassible, tel un penseur en pleine méditation. Vous exprimiez ainsi votre propre étonnement de marquer un but décisif, vous le défenseur qui n’en inscriviez jamais. Mais ce geste était en réalité un lapsus. Vous êtes l’intello du football. Avant même d’écrire des livres et de vous engager dans la lutte contre le racisme, vous aviez déjà sur le terrain des positions plus intelligentes que les autres, un charisme et une autorité qui tranchaient. En Italie, où le racisme des stades fait des ravages, cela vous a d’ailleurs permis de vous imposer. Quand vous avez pris votre retraite, L’Équipe a titré en Une : « Monsieur Thuram », et cela traduisait un affect que beaucoup ressentent, moi le premier, face à vous : le respect. Voilà ce qui me plaît, Lilian Thuram, vous êtes quelqu’un qui impose le respect !

Lilian Thuram : Vous voulez me faire pleurer, c’est cela ? [Rires]

M. B. K. : C’était un peu le but… Non, plus sérieusement, je suis frappé par la continuité de votre positionnement. Comme joueur autant que comme citoyen, sur le terrain comme dans l’espace public, votre responsabilité semble mise en jeu. Mais de façon naturelle.

L. T. : C’est l’histoire d’une vie. Je suis né aux Antilles. Et je me suis toujours considéré comme pleinement français. Ce n’est que lorsque je suis arrivé dans la région parisienne, à 9 ans, que ma couleur de peau est devenue un problème. Je suis devenu noir à 9 ans, dans le regard des autres. Il y avait à l’époque un dessin animé avec deux vaches, une noire, très stupide, et une blanche, intelligente. Certains de mes camarades m’appelaient « la noiraude ». Ma mère à qui je demandais pourquoi ma couleur de peau était chargée si négativement ne parvenait pas à me répondre. Elle y voyait une fatalité. Heureusement, j’ai rencontré des personnes qui m’ont expliqué la construction politique et économique du racisme. Cela m’a permis de comprendre ma propre histoire. Aujourd’hui je vais dans les écoles, j’essaie de mettre ma notoriété au service de l’éducation. Mais je tente surtout, de façon plus égoïste, de parfaire ma propre éducation. Je suis d’ailleurs curieux de savoir comment la question de l’identité s’est posée pour vous qui êtes un philosophe d’origine tunisienne…

M. B. K. : La question s’est posée différemment. Je ne suis pas immédiatement identifiable. Issu d’une famille arabe assez blanche, j’ai les yeux bleus, je suis un intellectuel… Je ne ressemble pas au portrait-robot du beur. Cela, alors même qu’au fond je suis plus arabe que beaucoup de ceux qui sont identifiés comme tel. Je suis né en Tunisie, de père tunisien et de mère française, j’y ai vécu et grandi, j’ai appris l’arabe et le Coran à l’école. Si, même parmi les miens, je ne suis pas identifié en tant qu’arabe, cela tient à un racisme à l’envers, qui a été intégré par tous : pour être considéré comme arabe, il faut avoir les manières d’un beur, il faut surjouer les signes de la différence. Un comique comme Jamel a rencontré le succès sur cette pernicieuse équivoque. Cela dit, j’ai bien été confronté, moi aussi, au racisme quand je suis arrivé en France. Mais un racisme ironique, de second degré. « Alors, comment ça va, sale arabe ? » me disait-on en guise de plaisanterie quand j’avais 13 ans – c’était mon plus proche camarade de classe qui me posait cette question tous les matins. Avec l’âge, l’ironie a pris quelques détours, surtout dans les milieux intellectuels. Je me souviens d’un écrivain qui prenait mille précautions pour critiquer la prose « nerveuse » d’un Arabe furieux qui avait traversé la Méditerranée à la nage… Nous baignons dans une culture de l’ironie obligatoire. Or comme toujours avec l’ironie, le faire semblant finit par devenir vrai. À force de faire semblant d’être raciste, on finit par l’être vraiment ! J’imagine que vous aussi vous avez dû être confronté à ce racisme ironique.

L. T. : Bien entendu. Sauf que si quelqu’un me dit, même à la blague, « retourne chez toi ! », cela ne me pose pas de problème. Je suis né aux Antilles. Je n’ai pas les problèmes identitaires de ceux qui ne sont pas reconnus comme français. Cela dit l’humour est très révélateur. Un jour, mon fils m’a raconté une blague qui circulait dans son école et qu’il trouvait très drôle : « Vincent, Éric, Mamadou et Patrick sont en CM2. Qui a le plus grand sexe ? C’est Mamadou. Pourquoi ? Parce qu’il a 15 ans. » C’est une très mauvaise blague qui reconduit les vieux préjugés sur la supposée bêtise des personnes noires. Pour en faire comprendre la portée à mon fils, je lui ai rappelé sa propre histoire : « Marcus, tu te souviens qu’un jour un de tes copains t’a dit que les mathématiques étaient plus dures pour toi. Pourquoi ? » « Oui, m’a-t-il dit, parce que j’étais noir. » La blague de Mamadou revenait exactement à ce qu’il avait vécu. Quand il l’a comprise, elle ne l’a plus fait rire. Sous les blagues, il y a un inconscient collectif très vif. Voilà ce qu’il faut questionner.

M. B. K. : Il y a eu des progrès historiques indubitables sur ces questions dans les pays démocratiques. Mais ce qui a été dépassé et donc refoulé persiste sous le mode de l’humour. C’est le seul moyen de faire passer de façon acceptable ces préjugés, à part si l’on appartient au Front national et qu’on a le courage de ses « opinions ». Chez les intellectuels, cela prend des formes plus pernicieuses encore.

L. T. : Il est compréhensible que ces blagues existent, même sous un vernis de sophistication. Et il ne s’agit pas de culpabiliser les gens qui les transmettent, mais de prendre une photographie de la société qui permette de comprendre d’où cela vient. L’idée de positionner les personnes de couleur différente sur le même plan d’égalité est une nouveauté toute récente à l’échelle de l’histoire. On ne sort pas du jour au lendemain de cette idéologie qui plaçait les hommes blancs en haut de l’échelle et les non-Blancs en bas. Un jour, entrant dans un bar, le responsable s’adresse à moi : « Monsieur Thuram il y a un homme de couleur qui vous cherchait. — Ah bon ? Un homme de couleur ? Mais il est de quelle couleur ? vert ? jaune ? bleu ? » Il m’a regardé et il est parti sans comprendre. Mais nous avons tous été élevés dans cette idée que le Blanc était homme et les non-Blancs de couleur…

M. B. K. : Être noir, n’est-ce pas tout de même une identité ? D’un côté, bien entendu, la couleur est un masque et les races n’existent pas, c’est une évidence. Mais d’un autre, vous luttez, et vous avez raison, pour la reconnaissance de la mémoire de l’esclavage et vous avez publié un très beau livre, Mes étoiles noires, qui entend faire reconnaître la participation des Noirs à l’histoire de l’humanité. La couleur noire est à la fois une construction culturelle à déconstruire et une identité que l’on peut revendiquer avec fierté. Mais il n’est pas toujours facile d’évoluer entre ces deux plans.

L. T. : Je ne parle pas pour faire reconnaître les grandeurs et misères de l’histoire noire, car l’histoire noire comme l’histoire blanche n’existe pas. Je lutte pour qu’on prenne conscience que l’on ne naît pas raciste et qu’on peut le devenir, car le racisme est avant tout culturel. Pour la majorité des personnes, l’histoire des populations noires commence par l’esclavage. Est-ce alors étonnant dans ce contexte que certains mettent encore en doute leurs capacités intellectuelles ?

M. B. K. : Cela rejoint un geste très répandu dans la philosophie contemporaine qui consiste à faire l’archéologie de notre savoir. Pour des philosophes tels que Nietzsche ou Foucault, il ne s’agit pas de se plonger de manière nostalgique dans un passé révolu mais de remonter le cours du temps pour comprendre notre propre présent.

L. T. : Pourquoi ai-je écrit Mes étoiles noires  ? Je voulais qu’à la question « pouvez-vous citer un scientifique noir, un explorateur noir, un pharaon noir ? », tout un chacun puisse donner une réponse. Car la meilleure façon de lutter contre le racisme et l’intolérance, c’est d’enrichir nos connaissances et nos imaginaires. Je n’avais moi-même admiré à l’école que des étoiles blanches. On décrypte souvent ce qui se passe dans la tête des racistes. On se demande moins souvent ce qui se passe dans la tête d’un petit garçon noir qui grandit dans une société qui ne lui renvoie que trop de messages infériorisants et aucun repère intellectuel qui lui ressemble. N’y a-t-il pas là une grande violence ? Peut-il développer le sentiment le plus important pour un être humain, l’estime de soi ?

M. B. K. : Cette position archéologique est d’autant plus légitime de votre part que vous n’avez jamais « joué au black ». J’insiste, mais il y a une tendance très dangereuse qui consiste à intégrer le racisme en renvoyant à l’ennemi l’image qu’il demande qu’on lui renvoie.

L. T. : Historiquement, seuls ceux qui ont fait ce que l’on attendait d’eux ont été plus facilement acceptés. Dans le spectacle, par exemple, seuls les artistes de couleur noire qui renforçaient les stigmates furent reconnus plus rapidement : c’est Joséphine Baker qui danse nue avec des bananes autour de la taille ou le clown Chocolat [1868-1917, artiste noir français originaire de Cuba] qui se laisse frapper en silence sur scène. Je m’intéresse beaucoup à la société antillaise pour comprendre ma propre famille. Alors qu’elle aurait dû rejeter cette classification par la couleur de peau, elle l’a en réalité intégrée. Pour la génération de ma mère, par exemple, mieux valait se marier avec un homme à la peau claire pour que l’enfant ait la peau « chapée », échappée du noir. Tout cela inconsciemment pour se rapprocher de la soi-disant perfection, l’homme blanc.

M. B. K. : Sartre disait que « c’est l’antisémite qui fait le Juif ». Diriez-vous que c’est le raciste qui fait le Noir ?

L. T. : Bien sûr. C’est l’homme blanc qui a construit l’infériorité de l’homme noir. C’est l’homme qui a construit l’infériorité de la femme.

M. B. K. : Il y a une lettre de Marx à Engels où il s’interroge sur l’origine de la lutte des classes. D’où cela nous est-il venu, se demande-t-il ? En y réfléchissant, il découvre que c’est dans la lutte des races qu’ils ont trouvé cette idée. En décortiquant la lutte des races telle que la voyaient les racistes, ils ont trouvé le phénomène social fondamental de la lutte des classes. Sous le masque de la couleur, le social à l’état pur…

L. T. : Il est vrai que les plus pauvres sont toujours les plus stigmatisés, peu importe leur couleur de peau, mais on ne peut pas réduire la problématique liée à la couleur de la peau à un enjeu purement social. Car il y a là quelque chose d’irréductible. Et on ne sort pas intact de siècles de hiérarchisation selon la couleur. Dès lors qu’il y a discriminations, il y a des bénéficiaires. En prendre conscience, pour eux, c’est se préparer à perdre ces avantages. Mais qui veut perdre son avantage ? Souvent, quand je parle de ces questions avec les enfants, je commence par leur demander : « Alors, c’est vrai les enfants, vous êtes donc tous pour que les choses changent et qu’il y ait moins de discrimination et plus de justice. — Oui, oui, répondent-ils tous en chœur. — Bon, alors les garçons, regardons la réalité en face. Nous sommes des hommes, de futurs ministres, patrons, chercheurs, etc. Pour que les choses changent, la moitié va devoir laisser la place aux filles. Vous êtes toujours d’accord pour que les choses changent ? » Tout d’un coup, ils tirent une drôle de tête. Voilà pourquoi c’est si compliqué l’égalité.

M. B. K. : Dans le football, vous avez évolué en Italie, à Parme et à Turin, où le racisme est peut-être le plus virulent. Comment avez-vous vécu cela ?

L. T. : Dans certains stades, chaque fois qu’un joueur de couleur noire touchait la balle, certains spectateurs entonnaient des cris de singe. Mais je n’en souffrais pas. Je n’étais pas en colère.

M. B. K. : Vous n’étiez  pas en colère ou vous aviez appris à bloquer vos émotions ?

L. T. : Non, je ne bloquais pas. La colère survient quand on ne comprend pas ce qui est en train de se passer. Or pourquoi font-ils le bruit du singe et pas celui du chien. Parce que, pendant des siècles, on a imaginé que les personnes noires étaient le chaînon manquant entre homme et singe. Cela s’apprenait à l’école, dans les livres. Il est donc compréhensible qu’il y ait encore aujourd’hui des personnes blanches qui se sentent supérieures, comme il y a des hommes qui se sentent encore supérieurs aux femmes. Tout cela est culturel.

M. B. K. : Le coup de boule de Zidane en finale de la Coupe du monde 2006, vous le comprenez aussi ? Que pensez-vous de ceux qui soutiennent que l’héroïsation de cet acte a eu une influence négative sur la nouvelle génération arrivée depuis en équipe de France ?

L. T. : Je peux comprendre car chacun de nous peut être dépassé par ses émotions, mais ce qui est sûr c’est qu’il n’aurait pas dû le faire. Cependant, dire que le coup de tête de Zidane est responsable de tous les déboires de l’équipe de France est surréaliste.

M. B. K. : Serge Daney [1944-1992], le penseur du cinéma, a écrit qu’il y a un vrai problème pour la communauté arabe de France de renvoyer aux autres Français l’image raciste qu’ils s’en font. On se présente toujours en groupe. C’est la culture banlieue. On ne dit jamais « moi, je », « je suis né là », « j’ai grandi là », « j’ai fait cela ». On dit toujours « nous ». C’est a contrario ce que j’ai particulièrement apprécié dans Mes étoiles noires, qui est une suite de destins individuels, singuliers. Cela n’efface pas la question de la communauté. Mais l’affirmation de l’individu est essentielle pour échapper au piège communautaire. C’est comme cela que la révolution en Tunisie a commencé en 2010. Il a fallu que des individus se lèvent en nom propre et disent : « Moi, j’en ai marre de Ben Ali. » Si, aujourd’hui, les islamistes trouvent la force de revenir, c’est parce que les archaïsmes communautaires ont de nouveau pris le dessus. Personne n’ose plus aller parler en son nom propre sur la place publique.

L. T. : Un jour, à l’université de Bruxelles, un jeune garçon m’avait interpellé ainsi : « Monsieur Thuram, merci pour tout ce que vous faites pour le peuple noir. » Je lui ai répondu : « Jeune homme, le peuple noir n’existe pas. Vous êtes en train d’intégrer le discours qu’on vous renvoie. Vous ne pouvez pas fondre dans un seul et même collectif Nelson Mandela et Mobutu. À moins de vous fonder sur le seul critère de la peau, qui est raciste. » Il était très perturbé. Il m’a suivi jusqu’à la gare. Je lui ai dit : « Mais alors, vous croyez aussi qu’il y a un peuple blanc ? » Il était déboussolé. Il y a quelques années, un magazine français a fait un numéro spécial avec des intellectuels noirs intitulé : « La pensée noire ». Imagine-t-on un seul instant un magazine traitant de « la pensée blanche » ? Pourquoi s’étonner alors que les jeunes finissent par fonctionner sur la base des réflexes collectifs dans lesquels on les a préalablement enfermés ?

M. B. K. : Il n’y aura pas d’émancipation des « minorités dites visibles » s’il n’y a pas une assomption du destin individuelle.

L. T. : Le problème est de savoir qui peut casser ces modèles ?

M. B. K. : Seuls les principaux concernés peuvent le faire. C’est pour cela que j’en veux aux très nombreuses personnalités issues des « minorités visibles », les comiques notamment, qui surjouent leur identité collective au lieu de s’affirmer individuellement. Cette attitude est magnétique. Elle confirme les individus dans leur place assignée. On a retrouvé cela au moment des émeutes en banlieue, en 2005. Des intellectuels comme Alain Finkielkraut se sont alors crus autorisés à ramener ces événements à des comportements identitaires qui seraient le fait exclusif des Noirs et des Arabes. J’ai écrit mon livre La Psychose française [Gallimard, 2006] en réaction à ces discours délirants.

L. T. : Je me suis senti extrêmement blessé par les paroles de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, traitant les jeunes de banlieue de « racailles que l’on va nettoyer au Kärcher ». Je me suis retrouvé dans la situation qui était la mienne lorsque j’étais enfant et que j’étais confronté à des préjugés négatifs du fait du lieu où j’habitais. Pour moi, les politiques sont des éducateurs. Leur parole conditionne la société. Ils sont donc tenus de livrer une parole intelligente qui permette de dépasser et non pas de renforcer les préjugés. Venant d’en haut, ce type de parole ne peut que susciter de la violence de la part de ceux qu’elle blesse. Elle est d’ailleurs formulée dans cet objectif.

M. B. K. : En regard, l’idée de fraternité que vous avez incarnée à travers l’équipe de France « black, blanc, beur » fournissait un pôle d’identification positive. On a même pu voir en vous le grand frère auquel on peut s’identifier parce qu’il n’incarne pas un pôle d’autorité…

L. T. : Je me demande s’il ne faudrait pas bannir cette idée de « grand frère ». Pourquoi certaines personnes auraient-elles besoin de « grands frères » ? Quand on en parle, c’est toujours avec une certaine condescendance, en stigmatisant et en infantilisant les personnes concernées. Ce n’est pas aux jeunes de Neuilly ou d’ailleurs qu’on pense. Mais sur le fond, vous avez raison, ce qui manque à ces jeunes – et moins jeunes –, ce sont des modèles d’identification dans tous les domaines qui pourraient leur suggérer une chose toute simple : pour moi aussi tout est possible.

M. B. K. : Soit. Mais vous m’accorderez que l’équipe de France a fourni un pôle d’identification qui s’est ensuite perdu. Du fait du comportement de certains joueurs. Mais aussi du fait des polémiques autour des quotas, par exemple. Il était pour le moins surprenant de voir Laurent Blanc, l’ex-défenseur de l’équipe championne du monde devenu sélectionneur national, soutenir cette idée. Il faut dire qu’il a un nom prédestiné…

L. T. : J’ai dénoncé avec vigueur cette affaire qui ne pose pas seulement un problème éthique, mais d’abord politique. On nous dit qu’on envisage sereinement de prendre un nombre limité de jeunes enfants français d’origine africaine parce que ce seraient eux qui créeraient des problèmes. Mais ces jeunes enfants, vous savez à quel âge ils quittent leur famille pour les centres de formation ? À 13 ans. C’est bien sûr plus facile de les accuser que d’interroger l’éducation qu’ils reçoivent dans les centres de formation… Le football, deuxième lieu d’éducation après l’Éducation nationale, a pourtant une capacité extraordinaire de tisser du lien. C’est là-dessus qu’il faudrait miser.

M. B. K. : On l’a complètement oublié, mais les Grecs considéraient les jeux Olympiques, et donc le sport, comme la forme supérieure de l’art. Or, quelle est la fonction oubliée et pourtant première de l’art ? C’est une fonction politique, celle de créer du lien. La soci-été grecque était essentiellement participative, dans la politique évidemment, mais dans tous les autres domaines de la vie aussi. Tous les arts étaient participatifs. Même les poètes solitaires qui travaillaient dans leur coin poursuivaient une tâche d’expression collective. Aujourd’hui, il faudrait rappeler au sport sa fonction d’art politique, faire un travail archéologique et pédagogique à destination des sportifs eux-mêmes. La fonction du sport est cathartique. C’est une épuration des passions, une canalisation de l’agressivité qui ailleurs se transformerait en violence guerrière. Le terrain se substitue au champ de bataille pour mettre en scène la violence. Tout cela s’est effacé au moment du triomphe du christianisme : le sport cesse alors d’être un spectacle artistique de masse. L’art chrétien est contemplatif : c’est la messe, la peinture et la musique. Il faudra attendre l’époque de la Révolution française pour retrouver cette dimension perdue. Avec l’éclipse du monothéisme, il y a une exigence que l’art redevienne un art participatif. Le retour historique du sport comme spectacle est le produit de la mort de Dieu. Marx disait que la religion, c’est l’opium du peuple. Moi, je soutiens que le sport, c’est l’opium des peuples sans dieu. Je ne le dis pas négativement, parce que toute religion est un mélange de politique et d’art. Aujourd’hui, la seule œuvre d’art totale, au sens de Wagner, c’est le football. Il offre aux nations un reflet de leur esprit. Chaque équipe raconte, en miroir, aux nations ce qu’elles sont, ce qu’elles deviennent. Mais c’est surtout une œuvre d’art centrée sur l’idée de jeu qui est une idée très philosophique. Le jeu est expression de notre liberté, de notre détachement par rapport au réel. L’homme, disait l’historien néerlandais Johan Huizinga [1872-1945], se définit comme « Homo ludens ».

L. T. : Il y a deux dimensions du foot que l’on confond trop souvent : ce qui se passe sur le terrain, pour les enfants comme pour les adultes, est une métaphore de la vie – se surpasser, faire don de soi en vue d’un objectif commun, écrire son histoire personnelle en ayant l’intelligence de la tramer dans celle des autres… – et ce qui vient du système capitaliste qui nous gouverne : l’argent, l’égoïsme, l’exaltation du plus fort pour ancrer au plus profond des esprits que la vie est avant tout compétition et non entraide. 

Propos recueillis par Alexandre Lacroix et Martin Legros

Copyright © 2013 Philo Éditions.

[Photo : Lilian Thuram et Mehdi Belhaj Kacem. (© Pierre-Emmanuel Rastoin pour Philomag.com - Philosophie Magazine)]

January 26, 2013
Québec: les SDF transsexuels refusés par certains refuges malgré le froid | Huffington Post Québec
Par Agence France-Presse
25 janvier 2013
Des transsexuels sans domicile fixe se voient refuser l’accès à certains refuges pour femmes sans abri, leur identité sexuelle n’étant pas reconnue, alors qu’un froid intense règne à Montréal, a indiqué vendredi une organisation humanitaire qui cherche à les protéger.
La plupart des refuges pour femmes à travers le Québec exigent des “personnes trans” qu’elles prouvent avoir eu recours à la chirurgie ou qu’elles aient changé de sexe sur le plan légal, a expliqué l’Action Santé Travesti(e)s et Transsexuel(le)s du Québec, dans un communiqué.
Or, compte tenu de la précarité et de la discrimination qui frappent les transsexuels dans le domaine de l’emploi et du logement, nombreux parmi eux sont ceux qui ne peuvent se le permettre, a indiqué à l’AFP une porte-parole, Nora Butler Burke.
Le Québec devrait suivre l’exemple de la province canadienne voisine de l’Ontario, où il est possible de changer d’état civil sans se faire opérer, a encore dit Nora Butler Burke.
La région de Montréal est actuellement touchée par une importante vague de froid, avec des températures descendant jusqu’à -30°C.
Copyright © 2013 Agence France-Presse.

Québec: les SDF transsexuels refusés par certains refuges malgré le froid | Huffington Post Québec

Par Agence France-Presse

25 janvier 2013

Des transsexuels sans domicile fixe se voient refuser l’accès à certains refuges pour femmes sans abri, leur identité sexuelle n’étant pas reconnue, alors qu’un froid intense règne à Montréal, a indiqué vendredi une organisation humanitaire qui cherche à les protéger.

La plupart des refuges pour femmes à travers le Québec exigent des “personnes trans” qu’elles prouvent avoir eu recours à la chirurgie ou qu’elles aient changé de sexe sur le plan légal, a expliqué l’Action Santé Travesti(e)s et Transsexuel(le)s du Québec, dans un communiqué.

Or, compte tenu de la précarité et de la discrimination qui frappent les transsexuels dans le domaine de l’emploi et du logement, nombreux parmi eux sont ceux qui ne peuvent se le permettre, a indiqué à l’AFP une porte-parole, Nora Butler Burke.

Le Québec devrait suivre l’exemple de la province canadienne voisine de l’Ontario, où il est possible de changer d’état civil sans se faire opérer, a encore dit Nora Butler Burke.

La région de Montréal est actuellement touchée par une importante vague de froid, avec des températures descendant jusqu’à -30°C.

Copyright © 2013 Agence France-Presse.

January 18, 2013
Préférence nationale au 115 : le président du Samu social « choqué » | Rue89
Par Nolwenn Le Blevennec
Vendredi 18 janvier 2013
C’est une étrange pratique découverte par RTL ce vendredi. A Metz (Moselle), depuis le début de la vague de froid, le 115 – le numéro d’urgence pour les sans-abri – est complètement débordé. Le Samu social a donc décidé de faire un tri et de privilégier les Français et les demandeurs d’asile.
Un journaliste de la radio a observé un groupe de Roumains en faire l’expérience. Le travailleur social leur répond au téléphone :




« En fait, vous n’êtes pas prioritaires. Oui [il y a des places, ndlr], mais le problème c’est que tout de suite, nous, on les attribue aux personnes de nationalité française ou en demande d’asile, pour le moment. »




Un porte-parole de la préfecture de la Moselle a confirmé cette règle à Reuters tout en précisant qu’elle permet en théorie de régler « 99% des cas ».
« Les Roms ne font partie ni de l’une, ni de l’autre catégorie », a-t-il admis, mais la recherche d’une solution reste « inconditionnelle ».
« Retirer le label à ceux qui ne respectent pas l’inconditionnalité »
Joint par Rue89, Eric Molinié, président du Samu social de Paris, répond :




« C’est une initiative isolée, absolument pas une consigne nationale. Nous, à Paris, nous respectons le principe d’inconditionnalité. Nous demandons juste le nom pour avoir une fiche sur laquelle on mentionne leurs besoins.
Nous sommes choqués d’une telle consigne, mais nous ne pouvons pas sanctionner, nous n’en avons pas le pouvoir, la structure dépend de la ville de Metz. La seule chose que nous pouvons faire, c’est rappeler l’esprit du Samu social et dire que nous sommes choqués.
Le Samu social est une franchise, et regroupe des réalités très diverses. Mon objectif pour l’année qui vient est d’harmoniser tout ça et retirer le label à ceux qui ne respectent pas certains critères, dont celui de l’inconditionnalité. »




Eric Molinié promet de mettre en place cette charte « claire » avant l’hiver prochain.
Copyright © 2013 Rue89.
[Crédit photo © Reuters]

Préférence nationale au 115 : le président du Samu social « choqué » | Rue89

Par Nolwenn Le Blevennec

Vendredi 18 janvier 2013

C’est une étrange pratique découverte par RTL ce vendredi. A Metz (Moselle), depuis le début de la vague de froid, le 115 – le numéro d’urgence pour les sans-abri – est complètement débordé. Le Samu social a donc décidé de faire un tri et de privilégier les Français et les demandeurs d’asile.

Un journaliste de la radio a observé un groupe de Roumains en faire l’expérience. Le travailleur social leur répond au téléphone :

« En fait, vous n’êtes pas prioritaires. Oui [il y a des places, ndlr], mais le problème c’est que tout de suite, nous, on les attribue aux personnes de nationalité française ou en demande d’asile, pour le moment. »

Un porte-parole de la préfecture de la Moselle a confirmé cette règle à Reuters tout en précisant qu’elle permet en théorie de régler « 99% des cas ».

« Les Roms ne font partie ni de l’une, ni de l’autre catégorie », a-t-il admis, mais la recherche d’une solution reste « inconditionnelle ».

« Retirer le label à ceux qui ne respectent pas l’inconditionnalité »

Joint par Rue89, Eric Molinié, président du Samu social de Paris, répond :

« C’est une initiative isolée, absolument pas une consigne nationale. Nous, à Paris, nous respectons le principe d’inconditionnalité. Nous demandons juste le nom pour avoir une fiche sur laquelle on mentionne leurs besoins.

Nous sommes choqués d’une telle consigne, mais nous ne pouvons pas sanctionner, nous n’en avons pas le pouvoir, la structure dépend de la ville de Metz. La seule chose que nous pouvons faire, c’est rappeler l’esprit du Samu social et dire que nous sommes choqués.

Le Samu social est une franchise, et regroupe des réalités très diverses. Mon objectif pour l’année qui vient est d’harmoniser tout ça et retirer le label à ceux qui ne respectent pas certains critères, dont celui de l’inconditionnalité. »

Eric Molinié promet de mettre en place cette charte « claire » avant l’hiver prochain.

Copyright © 2013 Rue89.

[Crédit photo © Reuters]